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EditorialCGuy-hiv2013
Magazine Poly | 2012-12-01 00:00:00
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    édiTorial UN MOT DE CHRISTOPHE GUY, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL À la suite de la crise sociale née de la contestation du projet de hausse des droits de scolarité qui a secoué le Québec au printemps dernier, le Gouvernement du Québec a proposé la tenue d'un Sommet sur l'enseignement supérieur au mois de février. Son objectif est de mener une réflexion ouverte et concertée avec tous les acteurs du milieu universitaire sur les enjeux de l'enseignement supérieur et sur la recherche de solutions porteuses pour assurer l'avenir des universités et de l'ensemble de la société québécoise. En vue du Sommet, des consultations préparatoires étaient engagées entre le gouvernement, les étudiants, la société civile et les universités québécoises. Or en décembre dernier, avant même la fin de ces consultations, nous apprenions que non seulement le réinvestissement promis par le gouvernement précédent n'aurait pas lieu à court terme, mais que le gouvernement actuel exigeait d'importantes compressions pour l'année budgétaire en cours. Je souhaiterais partager avec vous mon point de vue sur cette situation et ses répercussions pour Polytechnique. Aujourd'hui, avec un effectif de 7 400 étudiants, dont 22,5 % de femmes, Polytechnique se classe en tête au Québec pour la formation d'ingénieurs et de chercheurs en génie. Elle est aussi l'établissement universitaire québécois qui accueille la plus grande proportion d'étudiants internationaux (la moitié de nos étudiants sont nés ailleurs qu'au Canada). Et elle se classe parmi les trois premières facultés de génie au Canada pour l'ampleur de ses activités de recherche. Avec plus de 1 100 diplômés l'an dernier et plus de 110 technologies en valorisation, nous contribuons activement à la société québécoise. En 2012, avec l'Université de Montréal et HEC Montréal, nous nous classions au 84 e rang mondial des meilleures universités, selon le classement du Times Higher Education. Cependant, ce positionnement ne saurait faire oublier les défis constants avec lesquels Polytechnique doit composer : * Tout d'abord, une concurrence de plus en plus sévère, en particulier de la part des universités de l'Ontario et de l'Ouest canadien, notamment en ce qui concerne le recrutement d'étudiants aux cycles supérieurs. Ces établissements disposent de plus de ressources financières et, fait particulièrement inquiétant, l'écart de financement entre ces universités et celles du Québec augmente d'année en année. Comment rester attractif et compétitif à l'échelle nationale et mondiale dans un tel contexte ? * La croissance soutenue de notre clientèle étudiante et de nos activités de recherche, au cours des quatre dernières années, impose une pression importante sur le corps professoral et le personnel de soutien. La charge de travail a augmenté considérablement et l'embauche de personnel additionnel ne suit pas. * Enfin, des considérations d'opérations courantes telles que le poids du régime de retraite des employés, les besoins en espaces, dont le noncomblement risque de nuire à la qualité de l'enseignement et aux activités de recherche (le gouvernement nous reconnaît 30 000 m 2 bruts supplémentaires), le coût de remplacement du progiciel de gestion académique, sont autant de contraintes importantes qui nuisent à notre développement.

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    Polytechnique a la volonté très claire de demeurer un leader parmi les institutions universitaires d'enseignement et de recherche en génie au Canada. Elle veut attirer les meilleurs étudiants, se doter de laboratoires de pointe et augmenter l'efficience de ses processus. Conséquemment, nous avons adopté l'an dernier un plan stratégique ambitieux sur cinq ans, articulé autour de six stratégies d'intervention visant à nous permettre de poursuivre notre mission tout en réaffirmant nos valeurs, et renforcer notre leadership et son impact positif notable sur la société québécoise et canadienne. Il va de soi que ce plan nécessite des moyens. Pour le mettre en œuvre, nous tablions, lors de la préparation du budget au printemps 2012, sur une augmentation des droits de scolarité et sur l'engagement de réinvestissements dans les universités pris par le gouvernement précédent. Nous comptions également sur les retombées de la grande campagne de financement Campus Montréal lancée en novembre, conjointement avec HEC Montréal et l'Université de Montréal. Depuis l'automne dernier, ce contexte a changé : alors que nous nous attendions à voir notre budget augmenter, nous apprenons avec incompréhension que nous subirons une compression de 3,8 M$ à réaliser dans les quatre derniers mois de la présente année budgétaire. Cette décision, prise avant même la tenue du Sommet sur l'enseignement supérieur, nous paraît arbitraire. Elle ne tient compte en effet ni de la situation ni des caractéristiques propres à chaque université, ni du fait que chacune d'entre elles a une mission distincte. Plus grave encore, le gouvernement nous laisse entendre que les compressions seront maintenues l'année prochaine, voire augmentées. Alors que nous commençons la programmation budgétaire de l'année 2013-14, il devient très difficile de gérer efficacement dans de telles conditions. Bien que nous soyons conscients de l'état des finances publiques du Québec, la décision du gouvernement ne saurait se justifier par un souci d'améliorer la gouvernance universitaire. Ce souci, les universités du Québec le partagent déjà. Polytechnique soutient d'ailleurs l'idée de la constitution d'un conseil des affaires universitaires du Québec, qui examinerait les performances des universités et conseillerait le gouvernement. Rappelons que nos activités font l'objet, tous les trois ans, d'une présentation à l'Assemblée nationale. En outre, nous produisons régulièrement pour le gouvernement de nombreux rapports et redditions de comptes sur nos activités, pour lesquels nous ne recevons jamais de commentaire. Sur le plan de la gouvernance, j'ajoute que Polytechnique met tout en œuvre pour respecter les meilleures pratiques. Ses décisions sont encadrées par un conseil d'administration, dont la majorité des membres sont externes à l'institution, et un conseil académique, dont les membres sont issus des corps professoral et étudiant, pour les décisions à portée académique. Enfin, en matière de gestion, la performance de Polytechnique se doit d'être soulignée. Nous avons honoré notre engagement au retour à l'équilibre budgétaire trois ans avant l'échéance convenue avec le gouvernement. Ces efforts de rigueur ont toutefois freiné, pendant cette période, le développement du corps professoral, l'embauche de personnel de soutien, retardé des projets prioritaires et l'acquisition d'équipement de recherche, entre autres. C'est donc avec inquiétude que nous appréhendons les coupures annoncées, car elles nous empêcheront de poursuivre les projets de développement que nous venons à peine d'amorcer. Elles nous font courir le risque de ne pas atteindre les cibles de certaines de nos orientations stratégiques dans les prochaines années. Nous craignons, en conséquence, un retard dans la réalisation de nos objectifs de formation d'une relève en génie de calibre mondial, et ce, alors que les entreprises et les employeurs de nos diplômés évoluent dans un contexte accru de concurrence mondiale et que l'innovation est leur priorité. Les prochaines années annoncent donc un lot d'obstacles et de défis pour notre institution. J'ai malgré tout confiance en la volonté infaillible de nos professeurs et employés de maintenir Polytechnique au rang des meilleures institutions universitaires en génie au Canada. Comme toujours face à des situations difficiles, nous allons faire appel à notre proactivité, à notre créativité et à notre pragmatisme d'ingénieurs, ainsi qu'à notre rigueur en gestion, pour développer des solutions. J'ai l'espoir que nous serons soutenus dans nos efforts par tous les membres de notre communauté, dont nos diplômés. Votre appui à tous sera le moteur de la capacité de Polytechnique à franchir ce cap. Le 31 janvier 2013, Christophe Guy, ing. Ph. D., MACG, O.Q. Directeur général, Polytechnique Montréal

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