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MagPolyautomne2013
Magazine Poly | 2013-11-10 16:49:17
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    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Automne 2013 VOLUME 10 NUMÉRO 3 Grand DOSSIER / CHAÎNES LOGISTIQUES DES MATIÈRES DANGEREUSES : IL EST TEMPS DE REPENSER LES STRATÉGIES Enseignement / Vers de nouveaux modèles de formation des ingénieurs Vue d’ailleurs / Daniel Lamarre, po 83 : l’esprit d’équipe, gage de bonheur au travail Poste publications no de convention 41074519.

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    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Vol. 10, n° 3 – Automne 2013 Poly est publié trois fois par
an par le Service des communications et des relations publiques.
Il est distribué gratuitement aux diplômés, aux membres du personnel, aux étudiants et aux partenaires de Polytechnique. Édition Service des communications et des relations publiques Rédactrice en chef Chantal Cantin Comité éditorial Carl-Éric Aubin, Valérie Bélisle, Chantal Cantin,
 Jean Choquette, Diane de Champlain, Catherine Florès, Lina Forest, Stéphanie Oscarson, Annie Touchette Recherche et coordination Catherine Florès Rédaction Catherine Florès, Stéphanie Oscarson, Valérie Bélisle, Caroline Monette, Ludivine Pépin Révision Johanne Raymond Stéphane Batigne Photos Marc Montplaisir (couverture), Denis Bernier, Ferland Photographie, Moviemento, Poly-Photo, Polytechnique Montréal Direction artistique et conception de la grille graphique Avion Rouge Ont collaboré à ce numéro L’Association des Diplômés de Polytechnique, la Fondation de Polytechnique et la Direction de la recherche et de l’innovation de Polytechnique Le genre masculin est utilisé sans discrimination dans le seul but d’alléger le texte. ISSN 1712-3852 Reproduction autorisée avec mention de la source. Abonnement gratuit : Magazine Poly Polytechnique Montréal Service des communications et des relations publiques C.P. 6079, succ. Centre-ville Montréal (Québec) H3C 3A7 Tél. : 514 340-4915 communications@polymtl.ca ARTICLES 6 10 13 14 18 20 22 24 BULLETIN AUTOMNE 2013 VOLUME 10 NUMÉRO 3 Sommaire Grand dossier Chaînes logistiques des matières dangereuses : il est temps de repenser les stratégies RecherchE 10 Valorisation de la propriété intellectuelle : mode d’emploi ? 11 Sortir le développement durable des silos où on le cantonne VUE D’AILLEURS Daniel Lamarre, Po 83 : l’esprit d’équipe, gage de bonheur au travail ENSEIGNEMENT Vers de nouveaux modèles de formation des ingénieurs Carrefour Perfectionnement Le perfectionnement professionnel : un projet de toute une vie d’ingénieur Stages et placement Impressions du Japon Pleins feux sur la relève 22 Tiphaine Fillon : 100 % investie pour le génie 23 MÉTIS : une incarnation de la mission sociale de l’ingénieur Campus Montréal Où vont vos dons? 26 / Ça bouge à Poly 28 / Association des Diplômés de Polytechnique 31 / Fondation de Polytechnique CERT I F IC AT I ON C a m p u s r d u e l a b

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    Publireportage REEE : LE TEMPS DES RÉCOLTES La rentrée scolaire est déjà bien amorcée ! Pour plusieurs étudiants, c’est le moment où ils peuvent récolter ce que leurs parents ont patiemment semé dans leur REEE. Mais attention, il y a des règles à suivre. Message d’intérêt public : étudiez bien les graphiques ci-contre avant de retirer le moindre sou d’un régime enregistré d’épargne-études (REEE). Le REEE est un formidable outil pour amasser des fonds à l’abri de l’impôt pendant de nombreuses années, en vue des études postsecondaires d’un enfant. Toutefois, il ne faut pas oublier que tout REEE comporte trois composantes : • les cotisations faites par le souscripteur ; • les subventions versées par les gouvernements (Subvention canadienne pour l’épargne-études [SCEE], Incitatif québécois pour l’épargne-études [IQEE], Bon d’études canadien [BEC]; • et le revenu de placement obtenu sur le capital investi et sur les subventions. Comme le suggèrent ces graphiques, le traitement fiscal de chaque composante variera grandement selon le moment et l’utilisation des retraits. Vous pourriez vous retrouver avec beaucoup d’argent… ou beaucoup moins. BIEN CHOISIR SA STRATÉGIE Les règles qui gouvernent les retraits et transferts d’un REEE sont complexes. Pour vous aider à y voir plus clair, nous avons préparé un reportage complet sur la question. Pour le consulter, visitez le www.ferique.com/ materieleducatif. Pour toute question à ce sujet, n’hésitez pas à consulter nos conseillers. Ils sont au service exclusif des clients des Fonds FÉRIQUE tous les jours ouvrables de l’année, de 8 h à 20 h. Et ils ne font jamais l’école buissonnière ! SCÉNARIO 1 Retrait avant les études postsecondaires du bénéficiaire COTISATIONS SUBVENTIONS REVENU DE PLACEMENT (SCEE, BEC, IQEE) NON IMPOSABLES À REMBOURSER IMPOSABLE + PÉNALITÉ DE 20 % SOUSCRIPTEUR GOUVERNEMENTS SOUSCRIPTEUR SCÉNARIO 2 Retrait dans le cadre d’un programme d’études postsecondaires admissible COTISATIONS SUBVENTIONS REVENU DE PLACEMENT (SCEE, BEC, IQEE) PAIEMENTS D’AIDE AUX ÉTUDES (PAE) NON IMPOSABLES SOUSCRIPTEUR IMPOSABLES ÉTUDIANT SCÉNARIO 3 Retrait parce que le bénéficiaire ne poursuit pas d’études postsecondaires ou qu’il reste des sommes dans le REEE * Des conditions s’appliquent COTISATIONS SUBVENTIONS REVENU DE PLACEMENT NON IMPOSABLES SOUSCRIPTEUR À TRANSFÉRER* OU À REMBOURSER (SCEE, IQEE) (SCEE, BEC, IQEE) AUTRE GOUVERNEMENTS BÉNÉFICIAIRE (frère, sœur) NON IMPOSABLES REER du souscripteur (maximum 50 000$) PAIEMENTS DE REVENU ACCUMULÉ (PRA) ÉTABLISSEMENT D’ENSEIGNEMENT ADMISSIBLE (don sans crédit d’impôt) IMPOSABLES + PÉNALITÉ DE 20 % RETRAIT par le souscripteur Les Fonds FÉRIQUE: il y a un peu de génie là-dedans. www.ferique.com | 514 -788-6485 (sans frais : 1 800 291- 0337) Note légale : les renseignements contenus dans ce publireportage sont fournis à titre indicatif seulement. Certaines conditions s’appliquent relativement aux produits et services mentionnés dans cet article. Gestion FÉRIQUE et Services d’investissement FÉRIQUE ne garantissent pas l’exactitude ou la fiabilité des informations publiées ou divulguées et ne pourront pas être tenues responsables de toute perte ou de tout dommage éventuel résultant de l’utilisation de ces renseignements. La présente communication ne constitue ni une offre, ni une sollicitation de quiconque dans aucune juridiction dans laquelle une telle offre ou sollicitation ne serait pas autorisée ou à toute personne envers qui il serait illégal de faire une telle offre ou sollicitation. Les renseignements fournis ne constituent pas des conseils particuliers de nature financière, juridique, comptable ou fiscale concernant des placements. Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d’autres frais. Les ratios de frais de gestion varient d’une année à l’autre. Veuillez lire le prospectus avant d’effectuer un placement. Chaque taux de rendement indiqué est un taux de rendement total composé annuel historique qui tient compte des fluctuations de la valeur des titres et du réinvestissement de toutes les distributions et qui ne tient pas compte des commissions d’achat et de rachat, ni des frais optionnels ou de l’impôt sur le revenu payables par un porteur, qui auraient pour effet de réduire le rendement. Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n’est pas indicatif de leur rendement futur. Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d’investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal.

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    Éditorial QUAND LES CHERCHEURS VEILLENT SUR NOTRE SOCIÉTÉ À l’ère où l’on discute de ville numérique ou intelligente, pouvions-nous prévoir une catastrophe comme celle survenue à Lac-Mégantic en juillet dernier ? Un train fou transportant du pétrole brut a déraillé, provoquant une série de violentes explosions, emportant avec elles une partie du centreville et fauchant la vie de 47 personnes. Plus que jamais, cette tragédie a mis en lumière les risques liés au transport des matières dangereuses. Cet enjeu demeure un défi de taille pour de nombreuses villes et municipalités du Québec, nos gouvernements et les entreprises. Un groupe de chercheurs de Polytechnique et du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) a travaillé depuis plus de cinq ans avec de nombreux chercheurs et praticiens possédant des expertises complémentaires sur un ouvrage lancé en septembre dernier à Polytechnique, Stratégies logistiques et matières dangereuses. Ce volume dresse un portrait des industries fabriquant, utilisant, stockant ou transportant des matières dangereuses au Québec et de l’environnement qui les entoure. Pour connaître les recommandations liées aux différentes problématiques des matières dangereuses et les stratégies des chaînes logistiques qui devraient être revues, lire le dossier de fond en page 6. Un nouveau regroupement de chercheurs universitaires voit le jour, il s’agit du Centre interdisciplinaire de recherche sur l’opérationnalisation du développement durable (CIRODD). Ce dernier regroupe 71 chercheurs et 14 chaires de recherche, répartis dans 12 universités et trois collèges. Sous la direction du P r Réjean Samson de Polytechnique, l’objectif du CIRODD, c’est d’aider les entreprises à transformer leurs modes de production afin d’y intégrer les principes de développement durable et de devenir le catalyseur de la recherche dans ce secteur. À découvrir en page 11. Du côté de l’enseignement du génie, l’apprentissage par projets s’intègre à la stratégie développée par Polytechnique. Pour découvrir quelques-unes des initiatives visant l’apprentissage actif mises sur pied par des professeurs et chargés d’enseignement, rendez-vous à la page 14. La grande campagne de financement Campus Montréal, réunissant HEC Montréal, Polytechnique Montréal et l’Université de Montréal, bat son plein auprès de la communauté d’affaires. Le volet communautaire de cette campagne, visant davantage les membres de la communauté universitaire (diplômés, professeurs, membres du personnel, étudiants et retraités), prend son envol. Découvrez comment votre don peut faire une réelle différence au quotidien. À lire en page 24. À tous nos partenaires de ce numéro, merci pour votre contribution, celle-ci est inestimable et grandement appréciée. Bonne lecture ! Chantal Cantin Rédactrice en chef Automne 2013 / Volume 10 / Numéro 3 / POLY 5

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    GRAND DOSSIER CHAÎNES LOGISTIQUES DES MATIÈRES DANGEREUSES : IL EST TEMPS DE REPENSER LES STRATÉGIES Par Catherine Florès Des chercheurs du Département de mathématiques et de génie industriel ont entrepris de dresser un portrait réaliste du contexte de fonctionnement des chaînes logistiques de matières dangereuses. Leur objectif : fournir aux intervenants des informations plus complètes et exploitables en vue du développement d’outils de prévention qui prennent en compte la chaîne logistique dans son ensemble. L’accident ferroviaire de Lac-Mégantic l’été dernier a tragiquement mis en lumière les risques liés au transport de matières dangereuses au Canada. Mais le transport, la manutention et l’entreposage des matières dangereuses présentent un ensemble de problématiques beaucoup plus vaste, que ni les entreprises, ni les pouvoirs publics, ni les citoyens ne sont actuellement en mesure d’appréhender entièrement. « Il n’est malheureusement pas si surprenant qu’une catastrophe comme celle de Lac-Mégantic ait pu se produire. En 2013, l’équivalent d’au moins 2000 trains de même taille transportant du pétrole brut auront circulé au Canada, et, comme on a pu le constater, dans des conditions de sécurité parfois à améliorer », signale la P re Nathalie de Marcellis-Warin du Département de mathématiques et de génie industriel (MAGI) et vice-présidente des groupes Risques et Développement durable du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). « Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Car les matières dangereuses, ce ne sont pas uniquement les carburants. Ce sont aussi un grand nombre de produits utilisés dans les activités industrielles et agricoles, tels les substances chimiques, les gaz et les engrais, entre autres, qui peuvent présenter des risques pour la population ou l’environnement en cas d’accident. » Toxiques, explosives, inflammables, corrosives, voire radioactives, les matières dangereuses se retrouvent toute l’année sur les routes, les rails, les voies fluviales, les sites d’entreposage, et à l’extérieur ou à l’intérieur des milieux urbains. Comme le souligne M me de Marcellis-Warin, ces matières sont soumises en tout temps à diverses défaillances du mode de transport ou de confinement, et, bien entendu, à l’erreur humaine, responsable de 65 % des accidents qui surviennent durant le transport. Dans ce contexte, comment mieux évaluer les risques et comment mieux les gérer? C’est cette réflexion qui a mené la P re de Marcellis-Warin à coordonner, avec le P r Martin Trépanier, du Département de MAGI, et Ingrid Peigner, directrice de projets au CIRANO, la production d’un ouvrage lancé cet automne : Stratégies logistiques et matières dangereuses. Une vingtaine d’experts du Québec et de la France ont collaboré à la rédaction de cet ouvrage, dont des chercheurs de Polytechnique comme Diane Riopel et Gilles Savard. « Une chaîne logistique implique un ensemble de choix : la sélection des fournisseurs, des distributeurs, des modes de transport, du mode d’entreposage, ainsi que des équipements et du personnel pour ces opérations. Actuellement, même pour la chaîne logistique des 6 POLY / Automne 2013 / Volume 10 / Numéro 3

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    matières dangereuses, ces choix sont faits essentiellement en fonction du facteur coûts et influencés par certaines contingences comme des normes et réglementations ou encore la disponibilité des infrastructures. Le facteur risque est insuffisamment pris en considération, parce qu’il est complexe de l’évaluer, et parce que les industries et les transporteurs en ont une mauvaise perception », constate la P re de Marcellis-Warin. « Toutefois, nuance-t-elle, les entreprises dont l’activité principale est la fabrication, la transformation ou le transport des matières dangereuses, ou encore celles qui sont de grandes utilisatrices de ces matières, sont généralement plus conscientes des risques et plus rigoureuses à cet égard dans leurs pratiques. » Une culture de la sécurité à implanter sur l’ensemble de la chaîne logistique Lors du lancement de Stratégies logistiques et matières dangereuses, M me Ingrid Peignier a mentionné les deux enquêtes menées au Québec dans le cadre de la rédaction de l’ouvrage. L’une a été conduite auprès De g. à d. : Ingrid Peignier, P r Martin Trépanier, P re Nathalie de Marcellis-Warin >>> Automne 2013 / Volume 10 / Numéro 3 / POLY 7

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    GRAND DOSSIER CHAÎNES LOGISTIQUES DES MATIÈRES DANGEREUSES : IL EST TEMPS DE REPENSER LES STRATÉGIES des entreprises utilisatrices de matières dangereuses, l’autre auprès des transporteurs routiers de matières dangereuses. Cent six sites industriels et 211 transporteurs routiers ont répondu à ces enquêtes. « Chez la moitié des sites industriels ayant répondu à l’enquête, les matières dangereuses ne représentent qu’une minorité de leurs activités et sont surtout utilisées pour le chauffage ou la réfrigération. En revanche, près de 60 % des transporteurs interrogés se consacrent au transport de matières dangereuses, c’est-à-dire que plus de 80 % de leurs activités sont en lien avec les matières dangereuses », indique M me Peignier. La généralisation de la méthode de gestion à flux tendu dans les entreprises fait croître le nombre de livraisons de matières dangereuses, celles-ci circulent à une plus grande fréquence sur le territoire. » Les sites industriels ont certes mis en place des politiques internes de sécurité et adoptent quelque fois des pratiques qui vont même audelà des réglementations : constitution d’un comité Santé et sécurité au travail, implantation de programme de prévention des risques, personnel dédié à la gestion des risques, etc. Plusieurs répondants semblent toutefois penser qu’en sous-traitant certaines activités, comme le transport des matières dangereuses par exemple, ils pourraient se soustraire à leurs responsabilités en cas d’accident et ainsi se contenter de transférer le risque aux transporteurs. Bien peu réalisent des audits de sécurité auprès de leurs transporteurs, comme s’ils perdaient de vue que, selon la réglementation, leur responsabilité reste engagée durant le transport. Du côté des transporteurs, les chercheurs ont constaté une mauvaise perception de la réalité des risques. « Quatre-vingt pour cent des transporteurs considèrent que les risques se concentrent surtout pendant le transport en tant que tel des matières dangereuses. Or, les faits démontrent qu’il y a deux fois plus d’accidents durant le chargement et le déchargement. En fait, 70 % accidents rapportés sont survenus durant ces activités de manutention », précise M me Peignier. Mauvaise perception, méconnaissance des risques réels… Les chauffeurs sont-ils bien formés ? Chez la moitié des transporteurs, la formation se limite à seulement quelques heures de formation pour les chauffeurs, sans examen national. C’est insuffisant, estiment les chercheurs. Ingrid Peignier s’appuie sur des travaux menés par la P re Diane Riopel pour relever une autre lacune : l’absence chez les entreprises d’une politique efficace de logistique inverse pour le traitement des matières dangereuses résiduelles. « Les entreprises méconnaissent les risques liés aux matières dangereuses résiduelles, alors qu’elles en génèrent tout de même 250 000 tonnes chaque année au Québec. À leur décharge, ces matières n’étant pas soumises aux mêmes règlements par les autorités, les risques qui leur sont liés peuvent à tort sembler moindres. » M me Peignier souligne que les industriels et les transporteurs montrent une réelle volonté d’améliorer leur gestion des risques, mais qu’il leur manque pour cela un accès à de l’information sur les meilleures pratiques, une vision plus globale de la chaîne logistique ainsi que des outils d’analyse de risque. Besoin de plus de données et besoin d’harmonisation « Pour développer ces outils, il faudrait disposer de plus de données sur le transport des matières dangereuses. L’analyse des données permet de mieux comprendre les causes et les conséquences des accidents. Elle montre également l’importance du choix de localisation des sites fixes et de l’entreposage, l’emplacement d’un site ayant un impact direct sur les conséquences d’un accident industriel. Les données sont donc précieuses, mais elles sont très difficiles à obtenir », affirme le P r Martin Trépanier. On dispose de peu de données concernant les transporteurs, qu’il s’agisse des itinéraires, des substances transportées, ou de données organisationnelles comme les procédures. De plus, le fait que les transporteurs soustraitent fréquemment à leur tour augmente la perte d’information et le risque. Les données utilisées dans les rapports de Transport Canada étant obtenues sur déclaration des entreprises, leur fiabilité est limitée. « Mener des enquêtes de grande ampleur auprès des entreprises, accéder à leurs dossiers sur les matières dangereuses, cela n’a rien d’évident », souligne M. Trépanier. Dans les cas d’accidents mettant en cause des matières dangereuses, on dispose des informations colligées dans les bases de données de la Société de l’assurance automobile du Québec, de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec et finalement des données du Système d’information sur les accidents canadiens concernant les matières dangereuses, mais celles-ci sont disparates et généralement incomplètes. Se tourner vers les assureurs n’est pas fructueux, car ils ne fournissent pas leurs données. « Il est vraiment nécessaire de mettre en place des procédures de collectes de données plus efficaces, plus systématiques. Il faudrait aussi parvenir à une harmonisation des différentes banques de données et à une meilleure divulgation par les entreprises », affirme le P r Trépanier. « Former un observatoire canadien sur les accidents et quasi-accidents serait pertinent. » Élargir la vision Dans le système de réglementation Une autre difficulté rencontrée par les décideurs responsables des matières dangereuses dans les entreprises et par les transporteurs réside dans la complexité 8 POLY / Automne 2013 / Volume 10 / Numéro 3

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    du système de réglementation touchant ces matières. « Les différents organismes de réglementation, fédéral, provincial et municipal, ont chacun leurs propres normes. Il y a des lois sur le transport des matières dangereuses, des lois environnementales, et de nombreux règlements propres à certains secteurs industriels, certaines activités ou à certaines matières. Et ce ne sont pas toujours les mêmes termes qui sont utilisés pour désigner les choses. Il y a parfois des incohérences entre les différents niveaux de réglementation. Par exemple, s’il demeure immobilisé plus de 72 heures, un camion transportant des matières dangereuses pourrait être considéré par la loi comme un site fixe de stockage. Dans de telles conditions, il est difficile pour les entreprises de s’y retrouver ! », observe Nathalie de Marcellis- Warin. Selon elle, à l’instar des entreprises, les différents organismes de réglementation devraient se concerter davantage et adopter une vision globale. On éviterait ainsi les réglementations en silo, les contradictions et les mauvaises interprétations. « En cas d’accident majeur, la tentation est grande pour les autorités d’ajouter de nouveaux règlements à ceux qui existent déjà. Mais une sur-réglementation ne résout rien. Au contraire, elle risque de rendre le système encore plus complexe et illisible. Et les entreprises, soucieuses d’entreposer de moins grandes quantités de matières dangereuses pour éviter les contraintes légales, devront se ravitailler plus fréquemment. On aboutirait au final à une augmentation de la fréquence des chargements et des déchargements des matières dangereuses », assure-t-elle. « C’est une harmonisation des réglementations qui serait souhaitable. » La P re de Marcellis-Warin constate également un problème d’aménagement du territoire qui peut entrer en ligne de compte en cas d’accident industriel majeur. « On a souvent fait du développement urbain trop près des sites industriels. Le pouvoir de décision quant aux autorisations de construire est laissé aux municipalités qui n’ont peut-être pas toujours toutes les informations concernant les risques industriels. Nous pensons qu’il est nécessaire d’élaborer un cadre transparent, précis et clair pour mieux contrôler l’aménagement du territoire en périphérie des installations à risque d’accident industriel majeur. Une étude faite en collaboration par le Centre de sécurité publique de la Ville de Montréal et le Conseil pour la réduction des accidents industriels majeurs (CRAIM) montre que l’on pourrait pour cela s’inspirer des outils dont se sont dotés d’autres pays, et qui permettent de faire des choix éclairés en matière d’aménagement du territoire en fonction des risques. » La chercheuse est assez optimiste quant à l’évolution des systèmes de réglementations. « Lors de la préparation de notre livre, nous avons pu réunir les représentants des différents ministères provinciaux et fédéraux concernés : transport, sécurité publique, environnement, santé, etc., pour aborder avec eux les problématiques et amorcer des réflexions. Une telle rencontre était une première pour eux. Ils ont pris conscience des incohérences de l’approche en silo des réglementations et ont réalisé la nécessité de partager une vision plus globale. » Vers de meilleurs modèles d’évaluation des risques Pour diminuer les risques, vaut-il mieux privilégier le transport des matières dangereuses par voie routière, ferroviaire ou maritime ? « On ne peut pas trancher de façon définitive, aucun mode de transport n’étant à l’abri des risques », répond le P r Trépanier. « De plus, si les risques d’accident sont plus élevés en transport routier (24 % du total des accidents de matières dangereuses à déclaration obligatoire au Canada en 2009 contre 2 % pour le mode ferroviaire), les conséquences d’un accident sont potentiellement plus graves en transport ferroviaire. De toute façon, le transport est souvent multimodal, et ce sont les activités de manutention des matières dangereuses qui représentent le plus de risques (74 % du total des accidents rapportés en 2009). » Conscients de la nécessité d’aider les entreprises à mieux choisir leurs transporteurs, les chercheurs du CIRANO et de Polytechnique ont également développé un prototype d’outil d’aide à la décision informatisé basé sur les pratiques organisationnelles. Ingrid Peignier, qui a amplement participé à ce projet, explique que l’outil a été élaboré à partir de la modélisation des liens entre les pratiques de sécurité des entreprises, le risque d’accident de transport de matières dangereuses et les caractéristiques spécifiques du transport (types de matières dangereuses, quantités transportées, etc.). « L’expéditeur choisit les caractéristiques du transport dont il a besoin et obtient une liste des pratiques organisationnelles de sécurité requises et à surveiller qui lui permettra de choisir un transporteur de matières dangereuses non plus uniquement en fonction du coût mais également en fonction de la façon dont le risque est géré par le transporteur. » Cet outil sensibiliserait les entreprises à la nécessité d’adopter une saine gestion des risques. Son existence devrait également inciter les transporteurs souhaitant demeurer concurrentiels à mettre en place de bonnes pratiques organisationnelles de sécurité et de gestion des risques. Ils pourraient s’en servir comme outil d’auto-évaluation et d’analyse comparative. Les chercheurs de Polytechnique et du CIRANO recommandent également la mise en place d’un programme de gestion du risque au sein des entreprises. Intégrant divers indicateurs de performance en matière de sécurité, mais aussi de compétitivité et de rentabilité, un tel programme devrait accompagner toute stratégie logistique. / Automne 2013 / Volume 10 / Numéro 3 / POLY 9

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    RECHERCHE Gilles Savard, directeur de la recherche et de l’innovation L’enseignement et la recherche dans une institution comme Polytechnique sont naturellement propices à la conception d’innovations. Nous assurer que ces innovations sont utiles et adéquatement transférées à la société figure parmi nos missions, et la (BRCDT). Celui-ci peut les assister dans toutes les étapes de la démarche consistant à identifier les résultats prometteurs, à rédiger la divulgation d’innovation, et à transmettre la divulgation à Univalor, la société de valorisation du campus HEC-Polytechnique-UdeM et de ses hôpitaux affiliés. Valorisation de la propriété intellectuelle : mode d’emploi valorisation de la propriété intellectuelle est un des moyens de l’accomplir. Rappelons tout d’abord que nos diplômés sont les principaux agents de transfert et que c’est avant tout par leur emploi dans les entreprises que s’opèrent le transfert et la valorisation des connaissances. Les publications de nos chercheurs et leurs collaborations avec les entreprises sont l’autre aspect essentiel du transfert. Cependant, la valorisation de la propriété intellectuelle est appelée à jouer un rôle de plus en plus significatif pour l’innovation, entre autres parce qu’elle stimule la création d’entreprises de haute technologie et la diffusion des connaissances dans la société. Je souligne aussi que c’est une exigence de plus en plus affirmée des organismes de financement public de la recherche de voir démontrés les bénéfices concrets de leur investissement pour la société. Nous encourageons les inventeurs (professeurs, étudiants ou personnel de recherche) d’un nouveau procédé ou d’un nouveau produit à Polytechnique à consulter le Bureau de la recherche et Centre de développement technologique Les services d’Univalor jouent un rôle essentiel dans l’avenir de l’invention en évaluant son intérêt industriel, son impact sociétal, et les possibilités d’exploitation commerciale. Il est nécessaire que les inventeurs soient suffisamment sensibilisés à la question de l’existence ou non d’un marché pour leur technologie. Car sans marché, même l’invention la plus extraordinaire n’aura pas l’impact escompté. Si l’intérêt de l’invention est démontré et le marché identifié, l’invention peut alors faire l’objet d’un dépôt de brevet. En échange d’une participation au revenu potentiel d’une future commercialisation, les inventeurs transfèrent à Univalor leurs droits sur leurs inventions. Univalor se charge alors d’identifier le meilleur scénario de valorisation. L’exploitation des inventions peut, par exemple, donner lieu à la création d’entreprises dérivées, dans laquelle les inventeurs peuvent s’impliquer, après déclaration relative au conflit d’intérêts. La cession de licences exclusives ou non à une entreprise tierce est une autre forme possible d’exploitation. Se lancer dans l’aventure d’une entreprise dérivée est une expérience à la fois exaltante et exigeante. Elle demande un plan d’affaires solide et une bonne compréhension du processus de développement d’une technologie et de la gestion d’une entreprise. C’est pourquoi le campus HEC-Polytechnique-UdeM a la volonté de fournir l’encadrement adéquat aux inventeurs-entrepreneurs. Technologies biomédicales, systèmes de gestion logistique, technologies vertes, matériaux avancés… les inventions issues de la recherche à Polytechnique ont généré la création de plus d’une trentaine d’entreprises dérivées. On voit là l’intérêt croissant des chercheurs et étudiants de Polytechnique pour l’entrepreneuriat (même si cet intérêt demeure timide comparé à ce qu’on observe dans certaines universités américaines). J’ajoute que cette forme de valorisation de la propriété intellectuelle est créatrice d’emplois (environ 450 emplois pour nos entreprises dérivées). Si c’est, je le rappelle, en premier lieu par ses diplômés que Polytechnique aide la société à faire face à ses enjeux, le succès du transfert de nouvelles technologies contribue à renforcer ce rôle. /

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