Partager
MagPolyHiver2015
Magazine Poly | 2015-03-31 14:41:06
  • Partager
    Page 1

    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL HIVER 2015 VOLUME 12 NUMÉRO 1 RECHERCHE / Les travaux du P r Julien Cohen-Adad Portrait de diplômée / Ingénieur légiste, un métier encore méconnu, mais passionnant Enseignement / La pédagogie à l’heure du numérique Poste publications n o de convention 41074519. P r Julien Cohen-Adad, laboratoire NeuroPoly

  • Partager
    Page 2

    UN PROGRAMME FINANCIER POUR VOTRE VIE APRÈS LE TRAVAIL La Banque Nationale a un programme financier 1 adapté aux ingénieurs et aux diplômés en génie qui donne accès à des privilèges sur un ensemble de produits et de services, tels que : › Le compte bancaire 2 en $ CA ou en $ US; › La carte de crédit Platine MasterCard MD Banque Nationale 3 ; › Les solutions de financement comme la marge de crédit 3 et le Tout-En-Un MD1, 3 ; › Les solutions de placement et de courtage offertes par nos filiales; › Les solutions pour votre entreprise. Fière partenaire de bnc.ca/ingenieur Adhésion en succursale 1 Le programme financier de la Banque Nationale constitue un avantage offert aux ingénieurs et aux diplômés en génie au Canada qui détiennent une carte Platine MasterCard de la Banque Nationale et qui sont citoyens du Canada ou résidents permanents canadiens. Une preuve de votre statut professionnel vous sera demandée. 2 Compte bancaire avec privilège de chèques. 3 Financement octroyé sous réserve de l’approbation de crédit de la Banque Nationale. Certaines conditions s’appliquent. MD MasterCard est une marque déposée de MasterCard International Inc. Usager autorisé : Banque Nationale du Canada. MD1 Tout-En-Un Banque Nationale est une marque déposée de la Banque Nationale. © 2014 Banque Nationale du Canada. Tous droits réservés. Toute reproduction totale ou partielle est strictement interdite sans l’autorisation préalable écrite de la Banque Nationale du Canada.

  • Partager
    Page 3

    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Vol 12, n° 1 - Hiver 2015 Poly est publié trois fois par
an par le Service des communications et des relations publiques.
Il est distribué gratuitement aux diplômés, aux membres du personnel, aux étudiants et aux partenaires de Polytechnique. Édition Service des communications et des relations publiques Rédactrice en chef Chantal Cantin Comité éditorial Carl-Éric Aubin, Valérie Bélisle, Chantal Cantin,
 Jean Choquette, Diane de Champlain, Catherine Florès, Lina Forest, Stéphanie Oscarson, Annie Touchette Recherche et coordination Catherine Florès Rédaction Catherine Florès, Stéphanie Oscarson Révision Johanne Raymond Stéphane Batigne Photos Samuel Keaton (couverture), Denis Bernier, Ferland Photographie, Jorge Martinez, Normand Rajotte, Poly-Photo, Polytechnique Montréal Direction artistique et conception de la grille graphique Avion Rouge Ont collaboré à ce numéro L’Association des Diplômés de Polytechnique, la Fondation de Polytechnique et la Direction de la recherche et de l’innovation de Polytechnique Le genre masculin est utilisé sans discrimination dans le seul but d’alléger le texte. ISSN 1712-3852 Reproduction autorisée avec mention de la source. Abonnement gratuit : Magazine Poly Polytechnique Montréal Service des communications et des relations publiques C.P. 6079, succ. Centre-ville Montréal (Québec) H3C 3A7 Tél. : 514 340-4915 communications@polymtl.ca ARTICLES 6 10 11 14 16 20 22 24 25 BULLETIN HIVER 2015 VOLUME 12 NUMÉRO 1 Sommaire GRAND DOSSIER L’ingénieur, agent capital de l’innovation technologique PORTRAIT DE DIPLÔMÉE Ingénieur légiste, un métier encore méconnu, mais passionnant RECHERCHE 11 Un milieu propice à l’innovation 12 Dévoiler les secrets du système nerveux central avec les nouvelles technologies IRM POINT DE vUE Pour une démarche responsable dans les travaux sur l’intelligence artificielle ENSEIGNEMENT La pédagogie à l’heure du numérique STAGES ET PLACEMENT Stage obligatoire : niveau de satisfaction élevé CARREFOUR PERFECTIONNEMENT POLYTECHNIQUE MONTRÉAL 22 Les défis de la formation continue à l’heure de la multiplication de l’offre de cours 23 Un certificat qui donne des ailes La relève se démarque Futurs chefs de file du développement durable Entrepreneuriat Vos déchets domestiques vont carburer ! 26 / Ça bouge à Poly 28 / Association des Diplômés de Polytechnique 31 / Fondation de Polytechnique CERT I F IC AT I ON C a m p u s r d u e l a b

  • Partager
    Page 4

    PUBLIREPORTAGE 3 IDÉES POUR TIRER PARTI DE VOTRE CELI Utilisez-vous pleinement votre compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ? Voici trois utilisations ingénieuses à envisager. ACHETER PLUS RAPIDEMENT 1 VOTRE PREMIÈRE MAISON La stratégie consiste à combiner un program - me d’épargne systématique avec un CELI, un REER et un RAP. Elle est particulièrement efficace pour les jeunes en début de carrière. Étape 1 : cotisez chaque année à votre CELI. Étape 2 : lorsque votre salaire devient plus important, retirez l’argent de ce régime, sans incidence fiscale, et cotisez au régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Les cotisations REER étant déductibles, vous obtiendrez alors un remboursement d’impôt… que vous déposerez dans le CELI. Étape 3 : utilisez le régime d’accession à la propriété (RAP) pour sortir des sommes de votre REER et les utiliser comme mise de fonds (vous disposerez de 15 ans pour rembourser votre REER). Utilisez le montant du CELI pour vos dépenses d’emménagement et parer aux imprévus. 2 ACHETER PLUS RAPIDEMENT VOTRE MAISON UN EXEMPLE ÉTAPE 1 ÉTAPE 2 Vous épargnez chaque mois : 150 $ dans votre CELI Vous obtenez un rendement annuel composé de 5 %. 1 Après sept ans, vous avez près de 15 000 $ dans votre CELI. Vous transférez la somme dans votre REER En supposant un taux d’imposition de 40 %, vous obtenez un remboursement d’impôt de 6 000 $. MAXIMISER VOS REVENUS DE RETRAITE À la retraite, tous vos revenus seront imposables – sauf les retraits que vous ferez de votre CELI. Or, il faut savoir que les progra mmes de la pension de sécurité de la vieillesse (PSV) et du supplément de revenu garanti (SRG) sont régressifs en fonction du revenu : ils prévoient un seuil (par exemple, un revenu net de 71 592 $, pour la PSV, en 2014) au-delà duquel vos prestations sont graduellement réduites. Tout retrait de votre REER ou de votre fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) risquera donc de vous faire franchir ce seuil, et à plus forte raison dans le cas du FERR, qui vous oblige à faire des retraits minimaux. Rien de tel si vous avez bâti une partie de votre épargne-retraite dans un CELI : les sommes que vous en tirerez à la retraite ne s’additionneront pas à vos revenus imposables, et vous ne perdrez donc aucun avantage fiscal lié au revenu. ÉTAPE 3 Vous retirez 15 000 $ de votre REER grâce au RAP. RAP Permet une mise de fonds de 5 % sur une résidence de 300 000 $. Vous disposez des 6 000 $ de votre CELI pour vos frais d’emménagement. 3 RÉDUIRE VOS IMPÔTS Comme les revenus de placement sont non imposables dans un CELI, on a intérêt à y détenir ses placements au potentiel de rendement le plus élevé. Supposons que vous avez 20 000 $ dans votre CELI. Vous les placez dans un fonds d’actions qui vous procure un rendement de 8 %, soit un gain en capital de 1 600 $. Si ce gain avait été réalisé dans un compte imposable, vous auriez dû ajouter 800 $ à vos revenus imposables (50 % des gains en capital étant soumis à l’impôt). Donc, même si les gains en capital profitent d’un traitement fiscal avantageux, il vaut souvent mieux conserver ses titres de croissance dans le CELI, parce qu’ils sont susceptibles de produire des rendements plus élevés. À cet égard, pour maximiser le rendement d’un fonds de placement, il est important d’être attentif à son ratio de frais de gestion (RFG), puisque le rendement que vous obtenez est celui du portefeuille moins les frais. Par exemple, pour un même rendement brut espéré de 7 %, un fonds dont le RFG est de 0,90 % 2 , comme le Fonds FÉRIQUE Actions, vous procurera un rendement net de 6,10 %, contre seulement 4,74 % pour un fonds dont le RFG serait de 2,26 % 3 . Investir dans les Fonds FÉRIQUE, une famille de fonds à frais réduits, est donc un choix logique dans une stratégie d’utilisation du CELI. Pour plus d’information, consultez : • la version complète de cet article au ferique.com/materieleducatif • pour en savoir plus sur les modalités liées aux retraits du CELI, consultez notre article « Puiser encore et encore... dans le CELI. » au ferique.com/materieleducatif • notre microsite : celiferique.com Pour obtenir plus de renseignements ou pour ouvrir un compte : CENTRE DE CONTACT CLIENTS 514-788-6485 | 1 800 291-0337 (sans frais) client@ferique.com Heures d’ouverture du lundi au vendredi de 8 h à 20 h 1 Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d’autres frais. Les ratios de frais de gestion varient d’une année à l’autre. Veuillez lire le prospectus avant d’effectuer un placement. Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à refléter les valeurs futures d’un fonds, ou le rendement d’un placement dans un fonds. Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n’est pas indicatif de leur rendement futur. Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d’investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal. 2 Ratio de frais de gestion au 31 décembre 2014. 3 Médiane des ratios de frais de gestion des fonds communs de placement de cette catégorie selon l’étude PALTrak (Morningstar Research Inc.) au 31 décembre 2014. 6764 C FEŔIQUE CELI_POLY_cmyk_v4.indd 1 2015-01-26 15:44

  • Partager
    Page 5

    Éditorial Mener des recherches ayant un impact sur la société, c’est dans notre ADN L’innovation technologique joue un rôle fondamental au sein des entreprises. Celles-ci misent sur la recherche et l’innovation pour améliorer leur performance et leur compétitivité, et ce, dans différentes sphères de leurs activités. Des professeurs de Polytechnique contribuent à l’avancement de la réflexion grâce à leurs travaux de recherche dans le domaine. Pour en connaître davantage, lire notre grand dossier page 6. Des parcours atypiques, certains de nos diplômés en connaissent. Anne-Laure Esquirol, ingénieure légiste junior chez Experts-Conseils CEP inc., nous a transmis sa passion pour sa profession. Établir les causes d’un sinistre, c’est un défi qui demande le travail rigoureux des ingénieurs légistes. Vous voulez savoir de quoi est fait leur quotidien ? Rendezvous page 10. Une nouvelle ère a commencé en matière de pédagogie universitaire : on parle de pédagogie numérique. L’enseignement et l’apprentissage prendront un nouveau visage au fil des prochains mois et des prochaines années. Polytechnique a déjà emboîté le pas. Que ce soit la pédagogie active, l’enseignement interactif, les classes inversées, les CLOM (cours en ligne ouverts massivement), les équipes de la direction des affaires académiques et internationales, en collaboration avec certains professeurs de Polytechnique, s’affairent à la tâche en repensant leurs cours pour améliorer l’expérience de l’étudiant et son apprentissage. Les CLOM représentent aussi une belle occasion de mieux faire connaître le rôle de l’ingénieur auprès des non-initiés. Restez à l’affût, d’ici peu, Polytechnique dévoilera ses nouveautés ! Les travaux menés dans le laboratoire du P r Julien Cohen-Adad visent à pouvoir détecter par imagerie par résonance magnétique (IRM) la dégénérescence des axones. Pour les patients dont le système nerveux central est touché par un traumatisme ou une maladie neurodégénérative telle que la sclérose en plaques, c’est une avenue prometteuse. Les détails en page 12. Pour terminer, permettez-moi de transmettre nos plus sincères félicitations à Frédéric Leblond, professeur en génie physique, pour avoir mis au point une sonde permettant de détecter les cellules cancéreuses pendant une chirurgie du cerveau. Ses travaux ont été réalisés en collaboration avec le D r Kevin Petrecca de l’Institut et l’Hôpital neurologiques de Montréal. Le P r Leblond et le D r Petrecca ont été nommés personnalités de la semaine de l’édition du 15 février dernier de La Presse. À tous nos lecteurs et partenaires, merci de votre contribution et votre fidélité. Bon printemps ! Chantal Cantin Rédactrice en chef HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1 / POLY 5

  • Partager
    Page 6

    GRAND DOSSIER Lucas Majeau, de la société technique PolyProject, et son gant sensoriel à fibre optique L’INGÉNIEUR, AGENT CAPITAL DE L’INNOVATION TECHNOLOGIQUE Par Catherine Florès Moteur de croissance et facteur important de la compétitivité des entreprises dans une économie mondialisée, l’innovation technologique fait l’objet des travaux de chercheurs du Département de mathématiques appliquées et génie industriel (MAGI). Ils nous livrent leurs réflexions sur les facteurs favorisant cette innovation, notamment sur le rôle joué par les ingénieurs dans le succès d’un projet technologique. L’innovation technologique au Canada : encore des efforts à faire Dans l’économie mondialisée, c’est sur le terrain de l’innovation que se gagnent les points dans la course à la compétitivité. Le Canada ne se classe qu’au 22 e rang mondial concernant sa capacité d’innovation et au 27 e pour les dépenses en R&D. Il a glissé du 11 e au 15 e rang depuis 2011, indique le rapport sur la compétitivité économique mondiale pour 2014- 2015 du Forum économique mondial. Concernant l’intensité de l’investissement des entreprises dans les TIC, le Canada demeure en milieu de peloton parmi les pays de l’OCDE, rapporte la Chambre de commerce du Canada. Par rapport aux États-Unis, l’écart se creuse. Ainsi, de 2000 à 2010, l’intensité des investissements industriels au Canada dans les TIC n’équivalait, en moyenne, qu’à 42 % de celle des États-Unis. Catherine Beaudry, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en création, développement et commercialisation de l’innovation, mentionne que l’instabilité des marchés ces dernières années peut expliquer la frilosité des entreprises à investir dans la R&D. « De nombreuses entreprises ont leur siège social à l’extérieur du pays. Les brevets, qui servent de mesure d’innovation, sont alors souvent comptabilisés dans les autres pays alors que la R&D s’est faite au Canada. » Elle souligne également la nécessité de renforcer les politiques publiques encourageant l’innovation, notamment par des programmes de soutien à l’investissement dans la R&D pour les entreprises, ainsi que le financement de la recherche pour les universités. Un besoin de décloisonnement La P re Beaudry observe que les entreprises canadiennes doivent augmenter leur capacité d’absorption des connaissances provenant de l’extérieur de leur milieu. « Bien que la situation diffère d’une entreprise à l’autre, les entreprises 6 POLY / HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1

  • Partager
    Page 7

    évoluent trop souvent en milieu fermé. Davantage de veilles technologiques et un fonctionnement moins confiné en filières seraient bénéfiques. » Selon elle, les organisations ont tout intérêt à intensifier leurs démarches collaboratives. « Aucune entreprise ne détient le monopole des bonnes idées ! » La chercheuse mentionne que la pratique de l’innovation ouverte est un moyen d’accueillir de nouvelles idées et de nouveaux partenaires, ainsi que de conquérir de nouveaux marchés. La notion d’innovation ouverte, définie pour la première fois en 2003 par le P r Henry Chesbrough de l’Université Berkeley, a gagné en popularité ces dernières années. Elle désigne le recours d’une entreprise, en amont de sa production, à des sources extérieures de technologies, d’information ou de connaissances ; et en aval, la diversification de voies de commercialisation de ses produits ou services, dans le but d’accélérer l’innovation et d’optimiser ses gains. Les idées émanant de toutes les divisions de l’entreprise sont également sollicitées dans un tel modèle. « L’innovation ouverte modifie le processus d’innovation. Celui-ci n’est pas du tout linéaire, mais plutôt circulaire, avec des interactions et des rétroactions entre les organisations collaboratrices », souligne Catherine Beaudry. « On arrive ainsi à une vision systémique de l’innovation, qui apporte des gains à tous les partenaires, en termes d’innovation de produits et de procédés, mais aussi d’innovation organisationnelle et commerciale. » « À l’intérieur de l’entreprise, l’innovation ouverte produit aussi un meilleur partage de connaissance entre les équipes. Un autre de ses avantages est que l’entreprise n’assure plus seule la gestion de la R&D, le financement de la production ou la commercialisation d’un produit, car un plus grand nombre d’entreprises participent au processus d’innovation. » Comme exemple de suc- P re Catherine Beaudry, Chaire de recherche du Canada en création, développement et commercialisation de l’innovation >>> HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1 / POLY 7

  • Partager
    Page 8

    GRAND DOSSIER L’INGÉNIEUR, AGENT CAPITAL DE L’INNOVATION TECHNOLOGIQUE cès d’innovation ouverte, on peut mentionner l’App Store, d’Apple, qui permet à une galaxie de développeurs externes de commercialiser leurs applications créées pour les mobiles d’Apple. Le cas du Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ) est lui aussi emblématique, bien que particulier. « Le CRIAQ opère un maillage entre la R&D de l’industrie aéronautique et le milieu universitaire pour développer des projets d’innovation. Il intègre les différents acteurs de la chaîne de valeur en aéronautique au Québec, des grands constructeurs jusqu’aux petites PME. Cependant, il ne compte pas d’entreprises de secteurs extérieurs à l’aéronautique. C’est donc un exemple d’innovation ouverte dans un milieu fermé ! » rapporte M me Beaudry. Elle ajoute que la capacité des entreprises à produire des technologies de pointe est fortement reliée à une maind’œuvre formée aux méthodes et aux processus de l’innovation. « L’ouverture aux idées extérieures doit aussi se manifester par l’ajout de nouvelles personnes dans les équipes de R&D d’une entreprise. On a observé que plus longtemps une équipe de R&D demeure inchangée, moins ses brevets ont de portée. » Dans un projet technologique, les facteurs humains comptent plus que la technologie Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion de projets technologiques, le P r Mario Bourgault s’intéresse aux facteurs qui font que les technologies sont adoptées par les organisations. « On se trouve ici à l’interface entre les sciences dites dures et les sciences humaines. L’humain joue un rôle plus important que la technologie dans l’issue d’un projet technologique. Or, les organisations tombent souvent dans le même piège : l’attrait pour les qualités intrinsèques de la technologie leur fait ignorer les problèmes humains et organisationnels qui peuvent compromettre le succès d’une implantation technologique. » Il souligne que l’ingénieur gestionnaire de projet technologique détient un rôleclé dans l’implantation d’une technologie. Un ingénieur qui a démontré ses compétences techniques est souvent appelé, à un moment où à un autre de sa carrière, à gérer des projets technologiques. Et c’est alors qu’il découvre des aspects qui peuvent le dérouter : « Les ingénieurs sont habitués à aborder des problèmes comme des systèmes de causes à effets et à chercher la solution optimale. Or dans le monde organisationnel, de nombreux facteurs interviennent dans les résultats et sont donc plus difficiles à déduire. La gestion n’est pas une science exacte, il n’y a pas de réponse unique à une situation. » « En outre, la part de relationnel devient essentielle », affirme le chercheur. « L’ingénieur, plutôt habitué à être valorisé pour son expertise technique, doit devenir un mobilisateur lorsqu’il endosse le rôle de gestionnaire de projet technologique. Tel un chef d’orchestre, il doit former ses équipes en tenant compte de la complémentarité des connaissances et des expériences de leurs membres et veiller à maintenir la cohésion et l’efficacité du travail de tous. » Selon lui, un bon gestionnaire de projet technologique est conscient que le fait d’introduire une nouvelle technologie bouleverse toujours les pratiques existantes dans une organisation, d’où la résistance au changement qu’elle peut engendrer. « La plupart des entreprises dans un contexte commercial subissent une forte pression pour réaliser leurs projets rapidement, ce qui les amène à faire parfois abstraction du contexte et P r Mario Bourgault, Chaire de recherche du Canada en gestion de projets technologiques des besoins des utilisateurs de la technologie qu’elles implantent. Le gestionnaire de projet technologique doit aussi sensibiliser la haute direction à ces aspects et s’assurer de son appui tout au long du projet », mentionne-t-il. Il cite le cas d’une grande entreprise qui avait équipé de tablettes numériques ses employés travaillant sur des sites satellites tels que des chantiers. « L’entreprise souhaitait ainsi rapidement faciliter les communications de ces employés avec le siège social et améliorer la gestion des sites. Cependant, les choses sont allées moins vite qu’escompté. Il a fallu le temps que les employés s’approprient la technologie. Surtout, il a fallu régler de nouveaux problèmes organisationnels car cette technologie a remis en question certaines responsabilités dans la chaîne de décision. » Maîtrise des outils opérationnels et de méthodes de gestion de projet, connaissance des aspects financiers d’un projet, qualités de mobilisateur et de négociateur… le gestionnaire de projet technologique se doit d’acquérir un solide bagage. « Aujourd’hui, l’apprentissage 8 POLY / HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1

  • Partager
    Page 9

    “sur le tas”, c’est dépassé ! Une formation approfondie et rigoureuse est une composante essentielle du succès », déclare le P r Bourgault. « À Polytechnique, nous voyons des ingénieurs revenir faire une maîtrise en gestion de projet technologique après plusieurs années de travail technique en entreprise. Ils veulent s’outiller pour réaliser leurs nouveaux mandats de gestion de projets technologiques. » La relève en génie, vivier de futurs entrepreneurs et intrapreneurs technologiques « Il faut développer la culture de l’entrepreneuriat technologique chez la relève pour faire face à des pays comme la Chine ou la Corée, où on l’enseigne dès l’école primaire », affirme Isabelle Deschamps, professeure en innovation et entrepreneuriat technologique. pour chercher la formation, mais aussi les contacts, les collaborateurs et le coaching dont ils ont besoin. » Même les étudiants en génie qui ne se destinent pas à l’entrepreneuriat ont tout intérêt à développer des compétences entrepreneuriales. « Ils doivent devenir des “intrapreneurs’’, c’est à dire des ingénieurs autonomes, créatifs, P re Isabelle Deschamps, Département de mathématiques et de génie industriel P r Fabiano Armellini, Département de mathématiques et de génie industriel Dans le cadre de la maîtrise en gestion de projet technologique offerte au Département MAGI, Mario Bourgault et son équipe ont développé une initiative pédagogique particulièrement intéressante en collaboration avec l’École nationale supérieure en génie des systèmes et de l’innovation (ENSGSI) de l’Université de Lorraine, en France. « Nous faisons travailler en équipes et à distance les étudiants de Polytechnique et de l’ENSGSI sur une simulation de cas. Sur une durée de 8 à 9 semaines, ils ont à évaluer un problème et proposer une solution. C’est pour eux une belle occasion de découvrir leurs talents de leaders, d’éprouver leurs réactions face à certaines situations et de travailler avec des collaborateurs d’une autre culture, vivant dans d’autres fuseaux horaires. Une expérience profondément enrichissante ! Nous comptons d’ailleurs l’élargir en collaborant avec un troisième établissement, en Asie cette fois. » « Avant tout, les étudiants doivent apprendre à repérer les problèmes, car c’est le début de l’innovation. Mais il faut aussi les familiariser avec le cheminement de l’inventeur : l’accès à un incubateur et à des fonds de capital-risque, la protection de sa propriété intellectuelle, la négociation de la valeur de son invention, etc. Maîtriser le langage des affaires est important. » Elle observe que depuis 20 ans, le nombre d’étudiants intéressé par l’entrepreneuriat technologique n’a cessé de croître. « La plupart du temps, ces aspirants entrepreneurs ne sont pas eux-mêmes enfants d’entrepreneurs, contrairement à ce qu’on observait plus fréquemment chez les précédentes générations. Ils ont grandi avec les ordinateurs et les manettes de jeu, ce sont de grands utilisateurs d’innovations technologiques. Ils ont développé une culture de l’échange avec les réseaux sociaux et s’organisent spontanément entre étudiants de diverses disciplines pour collaborer à des projets. Par contre, ils se cherchent des repères. Ils savent que pour créer son emploi, le seul diplôme ne suffit pas. On les voit venir à Polytechnique aptes à évoluer dans l’écosystème de l’innovation de leur employeur », précise le P r Fabiano Armellini, spécialiste de la gestion de l’innovation. Et de mentionner l’exemple des employés de Google, encouragés à travailler à des projets personnels qu’ils développent en partenariat avec leur employeur au cas où leur idée révélerait un potentiel commercial. « C’est en entraînant les étudiants à “penser à l’extérieur de la boîte’’, et ce, le plus tôt possible, qu’on forme les innovateurs de demain », conclut-il. / HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1 / POLY 9

  • Partager
    Page 10

    PORTRAIT DE DIPLÔMÉE Anne-Laure Esquirol, ingénieure légiste junior, Experts-Conseils CEP inc. INGÉNIEUR LÉGISTE, UN MÉTIER ENCORE MÉCONNU, MAIS PASSIONNANT Par Catherine Florès Vous connaissez la série télévisée Les Experts, mettant en scène des scientifiques enquêteurs ? Le quotidien d’Anne-Laure Esquirol, ingénieure légiste junior, lui ressemble quelque peu. Investigation sur les lieux d’un sinistre, travail d’analyse minutieux en laboratoire, préparation de rapports d’expertise, témoignage en cours… son métier comporte de nombreuses facettes ! Rien ne prédestinait la jeune femme à ce choix de carrière. Finissante d’une formation d’ingénieure à l’Institut des Sciences de l’Ingénieur de Toulon et du Var (SeaTech), en France, Anne-Laure est venue au Québec, en 2010, pour réaliser son stage de dernière année chez Cerestech, entreprise dérivée des travaux du P r Basil Favis sur les polymères durables à Polytechnique. Après un autre stage au Québec, en 2011, à l’Institut des matériaux industriels du CNRC, elle entreprend une maîtrise sur les polymères, à Polytechnique, sous la direction du P r Nick Virgilio. Lorsqu’elle achève sa maîtrise, en 2013, le P r Virgilio lui suggère de poser sa candidature chez Experts-Conseils CEP inc., une firme d’experts en ingénierie légale. « Je ne connaissais pas du tout ce domaine, mais en m’informant, j’ai découvert qu’une ingénieure spécialisée dans les matériaux polymères telle que moi pouvait y être très utile, car beaucoup de pièces à expertiser sont maintenant en polymères. » Ingénieur légiste, en quoi cela consiste ? « C’est un expert mandaté par une des parties, assureur, avocat ou expert en sinistre, pour enquêter sur l’origine et la cause d’un sinistre ou d’un accident. Par exemple, lors d’un important dégât d’eau produit par la rupture d’une canalisation dans un édifice, on nous demande de déterminer l’origine du dommage. Est-ce un défaut de fabrication d’une pièce de conduit, un problème d’installation, un mauvais entretien ? Selon la réponse que nous allons obtenir, ce sera la responsabilité du fabricant, de l’installateur ou du propriétaire de l’édifice qui sera engagée », explique Anne-Laure. Un mandat comporte plusieurs étapes. « On se rend sur les lieux pour une observation et un prélèvement des pièces à conviction. Puis, en laboratoire, on livre ces pièces à une série d’analyses. Lorsque notre client le souhaite, on rédige ensuite un rapport. Puisque les sinistres et accidents mènent fréquemment à des litiges, on peut être appelé par la suite à témoigner à la cour comme expert afin d’éclairer le tribunal sur la cause de l’événement. » Anne-Laure aime aller sur le terrain. « Je découvre plein d’univers différents ! On peut intervenir dans des usines, dans toutes sortes de bâtisses ou encore en plein air. Parfois, ce sont sur des lieux difficiles d’accès, comme des toits ou des façades. Il faut une certaine agilité et ne pas craindre de sortir de sa zone de confort. Et le rythme est intense, car on travaille sur plusieurs dossiers en parallèle dans une même journée. » L’éventail de secteurs d’investigation couverts par l’employeur d’Anne-Laure, incendies, explosions, électricité, mécanique, environnement, expertise civile, matériaux et expertise chimique, lui permet de collaborer avec des ingénieurs de différents domaines. Une neutralité absolue est de rigueur dans l’examen des preuves et la production du rapport, même si les conclusions vont à l’encontre de ce qu’espérait le client. « Aller en cour peut être intimidant. Il faut savoir vulgariser nos résultats afin qu’ils soient compris de tous et travailler en équipe avec notre avocat. » Les ingénieurs légaux suivent d’ailleurs un grand nombre de formations pour se maintenir à jour sur les techniques d’investigation et la gestion de mandats. « C’est un métier qui permet une acquisition continuelle de connaissances », confirme Anne-Laure. / 10 POLY / HIVER 2015 / Volume 12 / Numéro 1

© École Polytechnique de Montréal
Bottin | Plan du site | Recherche | Conditions

Un moment SVP