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MagPolyVol7No2Automne2010
Magazine Poly | 2010-09-01 00:00:00
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    Magazine Magazine intégré intégré de Polytechnique. Automne 2010 - Volume 7 - Numéro 2 Poste publications no POLY Poste publications n de convention 41074519. o Optimisation de convention 41074519. le magazine de l'école polytechnique des transports Des solutions pour des défis qui se multiplient Portrait Jean-Pierre Gilardeau, Po 77, Prix Mérite 2010 Profil Jacques D. L'Écuyer, Po 83, Prix Innovation technologique 2010 EnsEignEmEnt Formation doctorale : vers une nouvelle approche Automne 2010 - Volume 7 - Numéro 2 La P re Catherine Morency et sa nouvelle Chaire Mobilité

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    Fascinant tout ce qu'on trouve de gratuit avec un compte FÉRIQUE Fiscalité Placements Finances personnelles Les services de nos planifi cateurs fi nanciers : gratuits pour les clients des Fonds FÉRIQUE. Les Fonds FÉRIQUE vous assurent des services-conseils hors pair pour vous aider à prendre toutes vos décisions fi nancières de façon éclairée. Nos planifi cateurs fi nanciers se déplacent dans toutes les régions du Québec pour vous rencontrer chez vous ou au travail. De plus, nos conseillers téléphoniques spécialisés dans les Fonds FÉRIQUE sont à votre service tous les jours de la semaine pour vous éclairer sur nos produits et vous conseiller. Une seule condition : être ingénieur ou ingénieur forestier, ou encore parent ou employé d'ingénieur ou ingénieur forestier. Après tout, il y a un peu de génie là-dedans ! Planification de la retraite Gestion des risques Assurances plan financier personnalisé Succession PLANIFICATION FINANCIÈRE GRATUITE * Exclusivement pour les ingénieurs et ingénieurs forestiers, leurs familles et leurs entreprises * Aucun actif minimum requis * Aucune commission versée au conseiller 1-800-291-0337 du lundi au vendredi, entre 8 h et 20 h www.ferique.com Les Fonds FÉRIQUE: il y a un peu de génie là-dedans. > Placements > Planification de la retraite > Fiscalité > Finances personnelles > Assurances > Gestion des risques > Succession * Note: un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de gestion et d'autres frais. Les ratios de frais de gestion varient d'une année à l'autre. Veuillez lire le prospectus avant d'effectuer un placement. Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n'est pas indicatif de leur rendement futur. Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Placements Banque Nationale inc., à titre de Placeur principal, et par Services d'investissement FÉRIQUE. Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d'assumer les frais de conseillers en valeurs, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d'administration du gérant des Fonds FÉRIQUE. Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d'exploitation. Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu'un porteur de parts souscrit par l'entremise de Placements Banque Nationale inc. ou de Services d'investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l'entremise d'un courtier indépendant.

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    POLY le magazine de l'école polytechnique Le magazine de l'École Polytechnique de Montréal Vol. 7, n o 2 - Automne 2010 Poly est publié deux fois l'an par la Direction des affaires institutionnelles et secrétariat général de l'École Polytechnique. Il est distribué gratuitement aux diplômés, aux membres du personnel, aux étudiants et aux partenaires de Polytechnique. tirage 25 000 exemplaires édition Service des communications et du recrutement rédactrice en chef Chantal Cantin Comité éditorial Carl-Éric Aubin, Chantal Cantin, Jean Choquette, Diane de Champlain, Catherine Florès, Lina Forest, Annie Touchette recherche et coordination Catherine Florès rédaction Catherine Florès, Danielle Ouellet, Annie Touchette, Tania Trottier- Pérusse, Denise Boudreau révision Johanne Raymond Photos Yves Beaulieu (couverture), Denis Bernier, Ferland Photo, Alexandre Galliez, Poly-Photo, École Polytechnique direction artistique et conception de la grille graphique Avion Rouge ont collaboré à ce numéro L ' Association des Diplômés de Polytechnique et la Direction de la recherche et de l'innovation de Polytechnique Le genre masculin est utilisé sans discrimination dans le seul but d'alléger le texte. ISSN 1712-3852 Reproduction autorisée avec mention de la source. abonneMent Gratuit : Magazine Poly École Polytechnique de Montréal Service des communications et du recrutement C.P. 6079, succ. Centre-ville Montréal (Québec) H3C 3A7 Tél. : 514 340-4915 communications@polymtl.ca SOMMAIRE 25 Articles et entretiens 6 / Grand dossier Optimiser les transports, un enjeu du siècle 12 / Portrait Jean-Pierre Gilardeau, Po 77, Prix Mérite 2010 14 / enseiGneMent Accompagnement renforcé et compétences enrichies au doctorat 16/ reCherChe Nos partenariats industriels renforcent notre mission universitaire (p.16) Des projets à foison pour le CIRAIG (p. 18) Pour des projets d'ingénierie sans frontières (p. 20) 22/ ProfiL Jacques L'Écuyer, Po 83, Prix Innovation 2010 25 / Vue d'aiLLeurs Des hauteurs du mont Royal aux gratte-ciel de Manhattan 26 / PLeins feux sur La reLèVe Jessica Allard Bernier, Prix Mérite étudiant 2010 Bulletins 13 / forMation Continue 24 / Ça bouGe à PoLy 27 / assoCiation des diPLôMés de PoLyteChnique 32 / fondation de PoLyteChnique 34 / aGenda 6 12 26 20 16

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    PLUS DE VÉHICULES ÉLECTRIQUES POUR MOINS DE GAZ À EFFET DE SERRE Le secteur des transports est celui qui émet le plus de gaz à e et de serre (GES) au Québec. Grâce à l'énergie propre d'Hydro-Québec, le remplacement d'une voiture sur quatre par un véhicule tout électrique pourrait réduire les émissions de GES de 3,4 millions de tonnes par année. Hydro-Québec participe activement au développement de technologies, d'infrastructures et d'initiatives commerciales qui contribuent à l'électri cation des transports terrestres. En tant que plus grand producteur d'énergie propre en Amérique du Nord, Hydro-Québec place le développement durable au cœur de chaque projet. hydroquebec.com

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    ÉDITORIAL 2010-2011 : année d'essor pour Polytechnique Montréal « La forMation doCtoraLe offerte à PoLyteChnique Vise une adéquation enCore PLus Grande des CoMPéten- Ces des diPLôMés enVers Les besoins des entrePrises et de La soCiété en GénéraL. » Polytechnique, en tant qu'un des pôles du savoir scientifique et technologique les plus vivants en amérique du nord, s'intéresse aux grandes problématiques de la société actuelle. Parmi celles-ci, le domaine des transports, qui présente une multitude de défis, liés à la santé et au développement durable, aux nouvelles technologies, à la hausse des coûts d'exploitation, à la présence de plus en plus importante des modes de transport alternatifs, etc. et les solutions en lien avec l'optimi- sation des transports de toutes sortes font partie intégrante des expertises d'un groupe de professeurs-chercheurs travaillant à Polytechnique. dans notre dossier spécial sur les transports, vous découvrirez quelques-unes des réalisations de nos chercheurs actifs dans ce domaine en pleine effervescence. Avec une hausse marquée de 13,7 % de nos étudiants aux études supérieures à l'automne 2010 comparativement à l'automne 2009 (maîtrise et doctorat), et de 12,7 % au doctorat seulement, les études supérieures connaissent un essor à Polytechnique. D'ailleurs, la Direction de l'enseignement et de la formation a amorcé, en collaboration avec le P r Jean Nicolas ainsi que des professeurs et des étudiants aux cycles supérieurs, une réflexion sur le modèle de formation doctorale le plus performant à adopter. Tout cela dans le but d'assurer le succès de nos étudiants, à la fois durant leur parcours doctoral et dans leur future carrière. Les diplômés au doctorat finissent tous par embrasser une carrière de professeur à l'université, mythe ou réalité ? Une enquête menée en 2009 auprès de nos diplômés au doctorat démontre que près de la moitié des diplômés font carrière hors du secteur universitaire. Donc, la formation doctorale offerte à Polytechnique vise une adéquation encore plus grande des compétences des diplômés envers les besoins des entreprises et de la société en général, à découvrir en pages 14-15. Voilà une autre preuve tangible de nos liens serrés avec l'industrie. Ces liens se traduisent non seulement dans nos partenariats pour les stages et le placement de nos diplômés, mais également par le biais des ententes liées à la recherche et dans nos réflexions sur nos programmes de formation. Pour terminer, je réitère mes remerciements à tous nos partenaires et annonceurs qui contribuent, par leur présence publicitaire au sein de nos pages, à la diffusion du magazine POLY. Bonne lecture et, surtout, ménagez vos transports ! Chantal Cantin ---rédactrice en chef

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    GRAnD DOSSIER Optimiser les transports, un enjeu du siècle Le temps où les travaux de voirie constituaient l'essentiel des améliorations du réseau de transport est bien révolu. Ouvrir des routes, ériger des ponts et des viaducs restent des activités d'actualité, mais les défis des ingénieurs dans le domaine des transports se sont multipliés et diversifiés. Par Danielle Ouellet « notre Masse Critique de CherCheurs de haut niVeau nous PerMet de PartiCiPer à des Projets Majeurs en Matière de transPort. » ---Gilles Savard « notre masse critique de chercheurs de haut niveau nous permet de par- ticiper à des projets majeurs en ma- tière de transport, tant localement qu'à l'international », souligne Gilles savard, chercheur et directeur de la recherche et de l'innovation de l'école Polytechnique. actuellement, pas moins d'une quinzaine de chercheurs de Polytechnique consacrent leurs travaux à diverses problématiques liées aux transports. Leurs approches se distinguent par leur originalité et leur performance, comme l'illustrent les quelques exemples de projets suivants. Réduire la dépendance à l'automobile L'intérêt de la P re Catherine Morency pour le transport durable s'est éveillé tôt : « Ma famille habitait la banlieue et j'étais la plus jeune de quatre enfants. À une époque, le nombre de voitures devant ma maison me semblait exagéré. J'ai toujours choisi le transport en commun. » Sa préférence pour les modes de transport alternatifs a évolué en une véritable passion. Elle est aujourd'hui titulaire de la nouvelle Chaire de recherche sur l'évaluation et la mise en œuvre de la durabilité en transport de l'École Polytechnique, plus simplement nommée Chaire Mobilité. Le portrait qu'elle dresse des attentes récentes des citoyens quant à leurs déplacements illustre bien la diversité des besoins et la variété des avenues de recherche à explorer : « Dans la grande région de Montréal, les visions sont parfois opposées. Des modes de transport alter- natifs, tels les vélos Bixie ou le système d'autopartage géré par Communauto, gagnent en popularité sur l'île, tandis que les gens des banlieues souhaitent plus de ponts et d'autoroutes. Il faut être inventif. L'utilisation d'un stationnement par une pharmacie le jour et par un bar la nuit, par exemple, compte parmi les nouveaux concepts à développer pour

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    assurer une utilisation plus efficiente des infrastructures disponibles. Nous devrons aussi promouvoir le télé-travail auprès des patrons de grandes entreprises pour réduire les déplacements pendant les périodes de grand achalandage. La notion de covoiturage doit être repensée : lorsqu'un parent reconduit son enfant à l'école, on ne peut pas parler de développement durable comme lorsque deux collègues de travail voyagent dans la même automobile. » La santé est aussi devenue une pré- occupation incontournable liée au transport. En 2007, Catherine Morency a estimé, à Montréal et à Toronto, le nombre de pas en réserve : « Il s'agit du nombre de pas que les gens ne font pas, mais qu'ils pourraient faire quotidiennement s'ils acceptaient de troquer leur automobile pour la marche lors de leurs déplacements de courte distance. » Bien au fait des intérêts de Catherine Morency, Claude Carette, directeur par intérim - Direction des transports à la « Les Cartes oPus utiLisées Par Les usaGers du Métro et des autobus PerMettront de déterMiner Les Points d'eMbarqueMent des PassaGers et d'estiMer différents indiCateurs de PerforManCe. » ---Catherine Morency Ville de Montréal, lui a proposé, en 2009, de créer et de financer une chaire de recherche : « À la suite d'une vaste consultation publique en 2008, la métropole se dotait de son premier plan de transport. Il y est question de mobilité durable, de respect de l'environnement, de sécurité, d'autobus performants et de transport actif tel que la marche, le vélo et le patin. L'implantation des Bixie ou l'ajout de 50 kilomètres de pistes cyclables semblent d'heureuses initiatives, mais nous souhaitons en savoir plus. Nous voulions nous associer à une université et travailler avec des chercheurs qui développeraient des indicateurs de performance, établiraient des modèles de dé- placements et proposeraient des mé- thodologies d'enquêtes du transport de marchandises en milieu urbain. D'où l'idée d'une chaire. » Trois autres partenaires se sont rapidement joints au projet : le ministère des Transports du Québec, l'Agence métropolitaine de transport et la Société de transport de Montréal. Au cours de plusieurs séjours scientifiques à l'étranger, notamment à Zurich, à Lyon, en Californie et à Toronto, la P re Morency a développé un solide réseau de collaborateurs : « Aujourd'hui, se réjouit-elle, plusieurs sont membres du comité scien- tifique de la Chaire Mobilité ». Les travaux de Catherine Morency intègrent les nouvelles technologies et tentent de valoriser les données qui en sont issues : « Les cartes Opus utilisées par les usagers du métro et des autobus permettront de déterminer les points d'embarquement des passagers et d'estimer différents indicateurs de performance. Nous faisons par ailleurs des expérimentations en collaboration avec les partenaires afin de mesurer les con- ditions de circulation sur le réseau auto- routier, à l'aide, par exemple, de capteurs Bluetooth ou des traces obtenues des GPS des véhicules de Communauto, dans le plus strict respect de l'anonymat, assure la chercheuse. Ces données per- de g. à d. : Les professeurs Martin Trépanier, Catherine Morency, Gilles Savard, André Langevin et Robert Chapleau. Poly ---Automne 2009 2010 06 -07

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    GRAnD DOSSIER « PoLyteChnique a LarGeMent Contribué à La forMation des sPéCiaListes qui oCCuPent Les Postes CLés du seCteur. » ---Robert Chapleau mettront d'évaluer la fiabilité des temps de parcours et de faire des prévisions, une sorte de météo des transports ». Une solide tradition Routier aguerri de la recherche en transport, Robert Chapleau a formé quelques-uns des jeunes chercheurs de l'École Polytechnique, et ses étudiants se retrouvent dans pratiquement tous les organismes publics en transport de la région de Montréal : « Polytechnique a largement contribué à la formation des spécialistes qui occupent les postes clés du secteur. Ils proviennent d'une même culture, ce qui a facilité la profes- sionnalisation du milieu. L'unification des transports en commun s'en trouve facilitée, une chance pour le Québec, où la compétence de nos chercheurs est très respectée ». Robert Chapleau a aujourd'hui le plaisir de voir son logiciel MADITUC utilisé par toutes les sociétés de transports collectif du grand Montréal. Ingénieur civil diplômé de Poly en 1968, il a connu l'époque des grands travaux publics de voirie au Québec. Mais la crise du pétrole en 1974 a radicalement changé la donne : « Du jour au lendemain, rappelle-t-il, le transport en commun est devenu une préoccupation majeure pour les citoyens ». Dans sa thèse de doctorat, le P r Chapleau a développé Transcom, un modèle de si- mulation du réseau de transport en commun. Le logiciel a immédiatement été utilisé pour la restructuration du réseau de transport de Montréal lors des Jeux olympiques et le prolonge- ment du métro de la station Frontenac à Honoré-Beaugrand : « Cet outil de plani- fication est toujours employé aujourd'hui dans chaque nouveau projet, comme le prolongement de la ligne bleue du métro. En s'appuyant sur de vastes enquêtes, baptisées Origine-Destination, auprès d'utilisateurs de transport en commun, Transcom permet d'évaluer des temps et des distances de trajets de manière très détaillée. Il tient compte des modifications des comportements de voyages, et permet d'apprécier les effets du vieillissement de la population et de l'étalement urbain. » Le logiciel MADITUC 1 , élaboré dans les années 1980 et constamment amélioré, raffine le modèle initial : « Avec l'ancien modèle, par exemple, à l'époque d'un territoire du Grand Montréal déjà découpé en 1500 zones, il aurait fallu encore découper le territoire de Rivièredes-Prairies et de Pointe-aux-Trembles alors en plein développement domici- liaire. Nous cherchions cependant un plus haut niveau de précision. » La localisation des personnes interrogées à l'aide du code postal apporte la solution : « Grâ- ce aux coordonnées géographiques, nous pouvons étudier les déplacements indi- viduels. Cette méthode, dite de désagrégation spatiale et individuelle, permet de conserver et de croiser quantités de données comme l'âge, le sexe, les motifs de déplacements, les heures de départ ou le mode de transport emprunté. L'Agence métropolitaine de transport se sert de ces informations pour redistribuer l'argent payé pour les titres de transports aux localités selon le nombre de passagers transitant sur leur territoire. » Des prévisions à moyen terme de la demande de transport, entre autres par les personnes à mobilité réduite, les effets de l'étalement urbain sur la mobilité, le calcul des trajets pour les transports en commun ne sont que quelques-unes des applications de MADITUC. Les cartes Opus, qui laissent une trace du lieu d'embarquement du passager, permettent de peaufiner le modèle : « Nous adaptons sans cesse à l'évolution technologique, souligne Robert Chapleau, c'est primordial. » Martin Noël est ingénieur au Ser- vice de la modélisation des services de transports du ministère des Transports du Québec : « Nous collaborons avec les organismes de transport de Montréal et aussi avec ceux de Québec, qui utilisent MADITUC pour simuler les impacts de différents projets d'infrastructures, tel le système léger sur rails (SLR) sur la Rive-Sud de Montréal. En ayant une idée de la demande de transport, nous pouvons simuler les différents moyens de transports, métro, autobus, train, que les utilisateurs emprunteront pour com- pléter leur parcours. Il s'agit d'un outil très performant utilisé, entre autres, pour le projet du prolongement du métro à Laval et pour la navette ferroviaire étudiée entre le centre-ville de Montréal et l'aéroport Montréal-Trudeau. » Cartes à puces et planification « Couplée à un GPS installé dans les autobus, la carte à puce que chaque usager passe devant un lecteur en montant dans l'autobus fournit des informations spatio-temporelles très riches. Si les données sont correctement traitées, dans la plus grande confidentialité, bien sûr, elle deviennent un instrument extrêmement puissant de planification des transports en commun », explique le P r Martin Trépanier, expert en la logistique opérationnelle. Pionnière de l'utilisation des cartes à puces dès 2001, la Société de transport de l'Outaouais collabore étroitement, depuis sept ans, avec Martin Trépanier : « Comme dans la plupart des pays, les passagers s'identifient uniquement lors de l'embarquement. Pour retracer les tra- jets, nous devons estimer la fin de leurs parcours à l'aide de différents recoupements d'informations. L'algorithme mathématique que nous avons développé indique un taux de réussite de 92 %. » Les habitudes de déplacements des passagers, lève-tôt, utilisateurs réguliers ou

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    Jacques Leblanc Martin Noël Serge Hamel occasionnels, le temps qu'ils prennent pour s'habituer à un nouvel arrêt, l'évaluation de la ponctualité du service sur une ligne d'autobus ou encore la loyauté d'un usager au réseau ne sont que quelques exemples du type d'informations qu'il devient possible de colliger. Le nombre de données factuelles recueillies est effarant : « Plutôt que de laisser dormir les millions d'observations, indique Martin Trépanier, nous les avons diffusées au personnel de la Société de transport. Pour chacun des arrêts, les contremaîtres peuvent ainsi identifier le titre de transport utilisé ou déterminer le nombre de correspondan- ces. Ils sont alors en mesure de confronter la réalité aux données statistiques recueillies et ainsi de détecter des erreurs dans leur système. » Les perspectives de recherches liées à l'utilisation des cartes à puces sont très larges : « Elles pourront être enrichies de données sociodémo- graphiques, prévoit le chercheur. De plus, l'évaluation de l'achalandage saisonnier et de l'effet des conditions météorologi- ques, par exemple, permettront de mieux ajuster le service. » Martin Trépanier s'est par ailleurs intéressé à la logistique du transport des matières dangereuses : « En général, constate-t-il, les entreprises ne mesurent pas les risques liés à ces activités. Seuls les coûts entrent en ligne de compte. Mais force est de constater que la présence au sein de l'entreprise d'un comité de santé et sécurité au travail assure de meilleurs bilans ! » Le chercheur se penche maintenant sur les comportements des fervents de l'autopartage, tout en poursuivant sa collaboration avec son collègue André Langevin en vue de régler des problèmes... de déneigement ! Déneigement, déglaçage et épandage Déverser dans le fleuve Saint-Laurent la neige recueillie dans les rues de Montréal, comme cela se faisait encore dans les années 1990, n'est désormais plus une option. Cette situation a augmenté la complexité des opérations liées à l'enlèvement de la neige lors de tempêtes. Il existe de plus différents niveaux de planification des opérations de déneigement, selon que celles-ci auront des effets à long, à moyen ou à court terme, ou encore en temps réel, comme la modification des tournées de véhicules fondée sur une information routière ponctuelle. Le P r André Langevin scrute la question de près : « Qu'il s'agisse de charger la neige dans des camions, de la déblayer ou de déglacer par l'épandage d'abrasifs, la stratégie vise toujours à minimiser les coûts tout en offrant les meilleurs services possibles. » Les garages pour les déneigeuses et les entrepôts de sel doivent être accessibles et ne pas nuire aux citoyens. Les ca- mions d'épandage doivent circuler par- tout, et rapidement, en commençant par les routes principales. Des milliers de variables interviennent dans l'organisa- tion des opérations : itinéraires des souf- fleuses, horaires du personnel, clauses des conventions collectives, respect des sens uniques et autres signalisations, ou encore déneigement d'une autoroute sur plusieurs voies à la fois. Serge Hamel, cadre-conseil au ministère des Transports du Québec, a testé le premier logiciel mis au point par le P r Langevin et son équipe : « Nous voulions minimiser les déplacements des véhicules de surveillance de l'état des quelque 2 000 kilomètres de routes en Estrie. Nous avons expérimenté le prototype d'établissement d'itinéraires. L'outil est pertinent, et il fonctionne bien. » Par ailleurs, lorsqu'il a ajouté un véhicule à sa flotte de chasse-neiges, Jacques LeBlanc, directeur du Service des travaux publics et ingénierie à la Ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, a fait appel à l'équipe de Polytechnique pour réorganiser les tournées de ses déneigeuses : « C'était la première fois que nous abordions la définition des trajets des déneigeuses de manière analytique. En bout de ligne, nous n'avons pas pu appliquer le logiciel en raison du développement trop rapide de notre ville et de l'apparition incessante de nouvelles rues. L'ex- périence a toutefois été très intéressante. Elle nous a ouvert les yeux sur les apports de la recherche universitaire. » Poly ---Automne 2010 08 -09

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    GRAnD DOSSIER François Soumis André Langevin s'emploie actuelle- ment à perfectionner ces logiciels : « Les modèles doivent tenir compte des contraintes physiques, mais aussi des politiques des villes souvent très difficiles à traduire en langage mathématique. Pour constamment ajuster le tir, nous comptons, entre autres, sur l'intégration croissante des systèmes d'information tels les systèmes de météo routière, les capteurs de température de la chaussée, les systèmes d'information géographi- ques (SIG) et les systèmes de position- nement global (GPS). Nous voulons ulti- mement accroître la sécurité et l'efficacité des transports, réduire la congestion des routes et atténuer les effets négatifs des transports sur l'environnement. Le réchauffement global qu'ils engendrent occasionne déjà une augmentation marquée des pluies verglacées et donc des problèmes d'épandage de sels. Nous avons beaucoup de pain sur la planche. » Des horaires de vols qui rapportent gros Confectionner des horaires de travail pour des milliers d'employés d'une grande société de transport terrestre, ferroviaire ou aérienne, constitue un casse- tête extrêmement complexe. Il faut tenir compte des horaires des voyages, de l'affectation des itinéraires des véhicules, des horaires journaliers, hebdomadaires et mensuels des équipages, des changements qui surviennent pendant les déplacements et même des clauses des conventions collectives. Reconnu comme l'un des meilleurs chercheurs dans son domaine au Canada, François Soumis s'est attaqué au problème et a trouvé des solutions : « Les employés ont désormais accès à des horaires sur mesure. Leurs préférences sont prises en considération : voler le matin ou le soir, vers des destinations locales ou internationales, avec des vacances l'été, l'hiver ou à l'occasion de l'anniversaire de leur conjoint. Une meilleure qualité de vie est assurée pour tous. » Pour les entreprises, les retombées économiques sont impressionnantes : « Une grande société de transport peut souvent épargner jusqu'à plus de 10 % de son chiffre d'affaires, soit plusieurs milliards de dollars. » En 1993, les dirigeants du métro de Tokyo ont pu réduire de 15 % les coûts de personnel : « Heureusement, rappelle le chercheur, les Japonais ont fait preuve de sagesse en s'assurant d'introduire les changements graduellement. » La réaction a été différente chez l'américaine FedEx, qui a misé sur des gains rapides avec la perspective de 15 % d'économie sur la masse salariale, et suscité du coup la crainte de pertes d'emplois chez leurs pilotes d'avion, qui ont déclenché la grè- ve. Le lendemain, le Wall Street Journal annonçait en première page que les opti- miseurs d'AD OPT, l'entreprise de commercialisation fondée par le P r Soumis, changeait le rapport de force dans l'in- dustrie aérienne. « Depuis, les syndicats ont leur mot à dire dans l'achat de notre logiciel », lance François Soumis. Air Canada, Air France, Air Transat, SWISS et UPS comptent aujourd'hui parmi la trentaine de clients d'AD OPT, qui emploie quelque 150 personnes. François Soumis est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en opti- misation des grands réseaux de transport. La recherche opérationnelle, « heu- reux mariage entre les mathématiques et l'informatique », est son domaine de prédilection. Il est reconnu dans le monde des mathématiques théoriques pour avoir développé plusieurs méthodes, dites de décomposition mathématique, la plus célèbre étant appelée de « génération de colonnes ». Proposée dans les années 1960, celle-ci avait été délaissée en raison de sa trop lente convergence vers une solution. François Soumis et son équipe ont proposé plusieurs ajouts pour la rendre performante, au point qu'elle est parmi les plus utilisées aujourd'hui dans les grands problèmes d'optimisation. Cette méthode a aussi fait ses preuves dans les transports terrestres. La réussite commerciale de l'entreprise GIRO en témoigne, avec plus de deux cent cinquante villes clientes dans le monde : « Le logiciel développé pour optimiser les horaires des conducteurs d'autobus et de métro a été un moteur important de développement de GIRO », affirme le vice-président de l'entreprise Pierre Trudeau.

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