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MagPolyprintemps2014
Magazine Poly | 2014-06-16 14:39:35
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    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL PRINTEMPS 2014 VOLUME 11 NUMÉRO 2 GRAND DOSSIER / RÉFLEXIONS SUR L’INFORMATION OUVERTE CAMPAGNE FAMILLE / POLYFAB : UN LABORATOIRE DE FABRICATION À POLYTECHNIQUE RECHERCHE / MÉTAUX TOXIQUES DANS LES BIJOUX ET LES JOUETS : ATTENTION AUX ENFANTS Poste publications no de convention 41074519.

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    NOUVEAU DÉCOUVREZ LE FONDS FÉRIQUE ÉQUILIBRÉ CROISSANCE PLUS CONSERVATEUR QU’UN FONDS D’ACTIONS. PLUS AUDACIEUX QU’UN FONDS D’OBLIGATIONS. DIVERSIFICATION OPTIMALE AXÉ SUR LA CROISSANCE DU CAPITAL RÉÉQUILIBRAGE AUTOMATIQUE FRAIS DE GESTION PARMI LES PLUS BAS AU CANADA* ACTIONS EUROPE ACTIONS ASIE ACTIONS É.-U. MARCHÉ MONÉTAIRE OBLIGATIONS ACTIONS CANADA $$$$ $ AUTO 2,46 % 1,05 % 70 % ACTIONS 30 % REVENU FIXE À PARTIR DE 500 $ (50 $ DANS UN PLAN DE PRÉLÈVEMENT AUTOMATIQUE) À LA SUITE DES MOUVEMENTS DU MARCHÉ RFG ANNUEL (AUCUNS FRAIS ADDITIONNELS) Offerts aux ingénieurs et diplômés en génie, à leurs familles et à leurs entreprises. DEVRIEZ-VOUS INVESTIR DANS CE FONDS ? FAITES LE TEST ! www.ferique.com/equilibrecroissance Les Fonds FÉRIQUE: il y a un peu de génie là-dedans. www.ferique.com * Le Fonds FÉRIQUE Équilibré Croissance a un ratio de frais de gestion (RFG) courant de 1,05 % au 1 er mai 2014, comparativement aux fonds de même catégorie sur le marché dont la médiane s’établit à 2,46 % selon l’étude PALTrak (Morningstar Research Inc.) au 31-12-2013. Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des courtages, des commissions de suivi, des frais de gestion et d’autres frais. Les ratios de frais de gestion varient d’une année à l’autre. Veuillez lire le prospectus avant d’effectuer un placement. Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à refléter les valeurs futures d’un fonds, ou le rendement d’un placement dans un fonds. Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n’est pas indicatif de leur rendement futur. Les Fonds FÉRIQUE sont distribués par Services d’investissement FÉRIQUE, à titre de Placeur principal. Ce produit est présentement offert uniquement aux résidents du Québec et ne convient pas à tous les types d’investisseur. Veuillez communiquer avec un représentant de Services d’investissement FÉRIQUE. Les Fonds FÉRIQUE payent des frais de gestion à Gestion FÉRIQUE lui permettant d’assumer les frais de gestionnaires de portefeuilles, de mise en marché et de distribution des Fonds FÉRIQUE ainsi que les frais d’administration du gérant des Fonds FÉRIQUE. Chaque Fonds FÉRIQUE assume ses propres frais d’exploitation. Les Fonds FÉRIQUE sont sans commission lorsqu’un porteur de parts souscrit par l’entremise de Services d’investissement FÉRIQUE; certains frais de courtage pourraient toutefois être exigibles si la souscription se fait par l’entremise d’un représentant et sa société. Pantone 533 C Pantone 645 C 6477 C FÉRIQUE Pub Nouveau Fonds_Poly.indd 1 2014-05-01 13:30

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    POLY LE MAGAZINE DE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Vol 11, n° 2 - Printemps 2014 Poly est publié trois fois par
an par le Service des communications et des relations publiques.
Il est distribué gratuitement aux diplômés, aux membres du personnel, aux étudiants et aux partenaires de Polytechnique. Édition Service des communications et des relations publiques Rédactrice en chef Chantal Cantin Comité éditorial Carl-Éric Aubin, Valérie Bélisle, Chantal Cantin,
 Jean Choquette, Diane de Champlain, Catherine Florès, Lina Forest, Stéphanie Oscarson, Annie Touchette Recherche et coordination Catherine Florès Rédaction Catherine Florès, Stéphanie Oscarson Révision Johanne Raymond Stéphane Batigne Photos Yves Beaulieu (couverture), Denis Bernier, Ferland Photographie, Moviemento, Poly-Photo, Polytechnique Montréal Direction artistique et conception de la grille graphique Avion Rouge Ont collaboré à ce numéro L’Association des Diplômés de Polytechnique, la Fondation de Polytechnique et la Direction de la recherche et de l’innovation de Polytechnique Le genre masculin est utilisé sans discrimination dans le seul but d’alléger le texte. ISSN 1712-3852 Reproduction autorisée avec mention de la source. Abonnement gratuit : Magazine Poly Polytechnique Montréal Service des communications et des relations publiques C.P. 6079, succ. Centre-ville Montréal (Québec) H3C 3A7 Tél. : 514 340-4915 communications@polymtl.ca ARTICLES 6 12 14 16 18 19 20 22 26 BULLETIN PRINTEMPS 2014 VOLUME 11 NUMÉRO 2 GRAND DOSSIER Réflexions sur l’information ouverte SOMMAIRE CAMPUS MONTRÉAL PolyFab : un laboratoire de fabrication à Polytechnique RECHERCHE 14 La recherche, un système complexe mû par une vision commune et porté par des talents individuels 15 Métaux toxiques dans les bijoux et les jouets : attention aux enfants ENSEIGNEMENT 16 Éclairer les choix énergétiques de demain : les projets de l’Institut de l’énergie Trottier 17 Nouveau et exclusif au Québec : un microprogramme en mobilité, transport et urbanisme PORTAIT DE DIPLÔMÉ Robin Dubé, Po 2007 : « J’adore ce que je fais » POINT DE VUE L’évaluation environnementale d’un site, ça se passe comment ? CARREFOUR PERFECTIONNEMENT POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Envie de vous spécialiser ? L’offre de certificats s’optimise TRACEZ VOTRE AVENIR STAGES ET PLACEMENT Des stages différents pour mieux répondre aux aspirations des étudiants PLEINS FEUX SUR LA RELÈVE Un nouvel engin volant à Polytechnique 24 / Ça bouge à Poly 28 / Association des Diplômés de Polytechnique 32 / Fondation de Polytechnique CERT I F IC AT I ON C a m p u s r d u e l a b

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    Vous vous êtes investi sans compter. Maintenant, économisez grâce à TD Assurance. Vous pourriez GAGNER 60 000 $ comptant pour réaliser votre cuisine de rêve * ! Les diplômés universitaires peuvent économiser plus. Chez TD Assurance, nous sommes conscients du temps et des efforts que vous avez investis pour arriver là où vous êtes. C’est pourquoi, en tant que membre de l’Association des Diplômés de Polytechnique, vous bénéficiez de tarifs de groupe préférentiels et de divers autres rabais grâce au programme TD Assurance Meloche Monnex. Mieux encore, vous obtiendrez un service personnalisé et une protection adaptée à vos besoins. Demandez une soumission dès aujourd’hui et découvrez combien vous pourriez économiser. Demandez une soumission dès aujourd’hui 1-888-589-5656 melochemonnex.com/adp Programme d’assurance recommandé par HABITATION | AUTO | VOYAGE Le programme d’assurances habitation et auto TD Assurance Meloche Monnex est souscrit par SÉCURITÉ NATIONALE COMPAGNIE D’ASSURANCE. Le programme est distribué par Meloche Monnex assurance et services financiers inc. au Québec et par Meloche Monnex services financiers inc. dans le reste du Canada. Pour les résidents du Québec : nous sommes situés au 50, Place Crémazie, Montréal (Québec) H2P 1B6. En raison des lois provinciales, notre programme d’assurances auto et véhicules récréatifs n’est pas offert en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Saskatchewan. *Aucun achat n’est requis. Il y a un (1) prix à gagner. Le gagnant aura le choix entre une somme de 60 000 $ CA qui servira à réaliser sa cuisine de rêve ou 60 000 $ CA comptant. Le gagnant devra retenir les services du fournisseur de son choix et coordonner l’ensemble des travaux. Le concours est organisé par Sécurité Nationale compagnie d’assurance et Primmum compagnie d’assurance. Peuvent y participer les membres ou employés et autres personnes admissibles qui sont résidents canadiens et qui appartiennent à un groupe employeur ou à un groupe de professionnels ou de diplômés ayant conclu un protocole d’entente avec les organisateurs, et qui, par conséquent, bénéficient d’un tarif de groupe. Le concours se termine le 31 octobre 2014. Le tirage aura lieu le 21 novembre 2014. Le gagnant devra répondre à une question d’habileté mathématique. Les chances de gagner dépendent du nombre d’inscriptions admissibles reçues. Le règlement complet du concours est disponible à l’adresse melochemonnex.com/concours. MD Le logo TD et les autres marques de commerce sont la propriété de La Banque Toronto-Dominion.

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    ÉDITORIAL CAMPAGNE FAMILLE : UN APPEL À TOUS DANS LE BUT DE CRÉER UN LIEU OUVERT DE FABRICATION (Fab lab) C’est le jeudi 29 mai dernier que se déroulait la 13 e édition de la Journée de la recherche de Polytechnique sous le thème « Informations libres : impacts et enjeux ». À cette occasion, divers sujets ont été traités, notamment les Fab labs (Fabrication Laboratories) et l’open source. Les professeurs Dagenais, Beltrame, Merlo de Polytechnique et d’autres intervenants venus d’entreprises ou d’organismes ont fait état de leurs connaissances et de leurs recherches à ce sujet. Un dossier de fond complet sur l’ère des données ouvertes à lire en page 6. Le lancement du volet famille de la grande campagne de financement Campus Montréal prendra son plein envol au cours de l’automne prochain. Nous invitons nos diplômés, nos professeurs, les membres de notre personnel ainsi que nos étudiants à participer en grand nombre en faisant un don à la mesure de leurs moyens. Il n’y a pas de petit don. Un des projets visés dans le cadre de la campagne famille de Polytechnique, c’est la mise sur pied d’un Fab lab au sein même de notre institution. Le concept de Fab lab désigne une plate-forme ouverte de création et de prototypage. Par le biais de son Fab lab, Polytechnique veut vous offrir la possibilité d’utiliser les technologies de fabrication numérique pour concrétiser vos idées et vos projets, tout en vous faisant bénéficier d’un soutien technique et opérationnel, ainsi que l’accès aux connaissances des communautés regroupées au sein du réseau des Fab labs dans le monde entier. Un laboratoire ouvert de fabrication correspond en tous points aux besoins actuels et futurs de la communauté d’un établissement universitaire spécialisé en génie comme Polytechnique. Que vous soyez diplômé de Polytechnique, professeur, membre de notre personnel ou étudiant, vous y aurez accès et vous pourrez bénéficier des équipements de pointe ainsi que des expertises, qui s’y trouveront. Imprimantes 3D, machines de découpe et d’usinage, etc., de nombreux outils y seront accessibles, et ce, en toute sécurité. Pour plus de détails, lire l’article page 12. Pour concrétiser ce projet, vous êtes tous invités à faire un don à la Fondation de Polytechnique à l’adresse suivante : polymtl.ca/donateurs. Pour toute question sur la campagne famille ou sur la grande campagne de financement Campus Montréal réunissant HEC Montréal, Polytechnique Montréal et l’Université de Montréal, vous pouvez communiquer avec l’équipe de la Fondation au : 514 340-5959. Je termine en vous remerciant, chers lecteurs, pour votre fidélité, et je vous souhaite une très belle saison estivale. À tous nos annonceurs, merci de votre appui et de votre confiance. Bonne lecture ! Chantal Cantin Rédactrice en chef PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2 / POLY 5

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    GRAND DOSSIER RÉFLEXIONS SUR L’INFORMATION OUVERTE PAR CATHERINE FLORÈS Vers la fin des années 90, soutenu par le succès d’Internet, le mouvement open source, fondé sur le principe de rendre disponible le code source de logiciels aux utilisateurs, de leur permettre de le modifier et d’en redistribuer les résultats sous les mêmes conditions, a pris une vigueur considérable. Ce qui pouvait être vu au début comme une pratique utopique de geeks libertaires a bousculé l’économie du logiciel au point d’occuper aujourd’hui une position dominante au sein des organisations. Encouragées par cette tendance au partage, de plus en plus de voix réclament une ouverture à plus grande échelle de données scientifiques ou gouvernementales, ce qui annonce des changements profonds dans le monde universitaire et la sphère publique. LES LOGICIELS OUVERTS, PROMOTEURS DE FLEXIBILITÉ Il est utile de préciser que les notions d’open source et de logiciel libre sont souvent confondues car très proches, même si elles présentent quelques nuances quant à leurs approches. Toutes deux insistent notamment sur la liberté de l’utilisateur d’accéder au code et de redistribuer des copies du logiciel. Par contre, certaines licences (comme GPL) obligent de redistribuer toute œuvre dérivée sous les mêmes conditions alors que d’autres (telles que MIT) n’ont pas cette restriction et ouvrent la porte à toutes les activités de l’entreprise dont la commercialisation de l’œuvre dérivée. « Pour les entreprises, de même que pour les institutions gouvernementales, les avantages des logiciels ouverts sont multiples », indique le P r Michel Dagenais, du Département de génie informatique et génie logiciel de Polytechnique. « Elles évitent les frais de licence et de mise à jour, et s’assurent une plus grande autonomie. Les organisations peuvent faire appel à des fournisseurs externes pour le support et les améliorations, mais elles conservent en effet le contrôle des lignes de code de leurs programmes, qu’elles peuvent modifier selon leurs besoins spécifiques. Et il y a l’avantage de la continuité. Les organisations qui adoptent des logiciels ouverts ne sont plus à la merci de l’abandon d’un produit par son éditeur, comme c’est souvent le cas avec les produits commerciaux traditionnels. Enfin, sur le plan de la sécurité, les logiciels ouverts présentent également des atouts. Une grande communauté veille à débusquer et corriger leurs failles et réalise de fréquentes mises à jour. » Les éléments qui composent une plate-forme, les logiciels comme les bases de données, sont devenus majoritairement ouverts. Et ce, autant dans les PME que dans les grandes entreprises (en 2010, près de 80 % des grandes entreprises utilisaient l’open source, selon une étude menée par la firme de conseils en management Accenture). M. Dagenais souligne que l’utilisation massive de l’open source a eu un impact significatif sur l’approche du développement de solutions informatiques : « lorsqu’on part d’un logiciel open source, on 6 POLY / PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2

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    peut choisir de ne développer que des fonctions spécifiques, en y intégrant d’autres composantes open source, qui vont apporter une réelle valeur ajoutée. On gagne ainsi en productivité. » L’OPEN SOURCE, ROI DE L’INFONUAGIQUE Au cours de ce printemps, HP et Cisco ont annoncé chacune un investissement d’un milliard de dollars dans l’infonuagique (le « cloud » ou informatique dématérialisée sur Internet), avec des projets basés sur des structures open source. Ce n’est pas surprenant, car l’infonuagique, désormais caractéristique de la plupart des activités en ligne, s’est révélée un terrain propice pour les logiciels ouverts. « L’infrastructure du cloud est formée par des logiciels open source, comme Linux, GCC, GDB ou OpenStack, entre autres. Linux, par exemple, a une position dominante sur les serveurs des grands acteurs de l’Internet tels que Google, Facebook ou Amazon », confirme M. Dagenais. Ce succès des logiciels open source dans le domaine de l’infonuagique s’explique par le fait qu’ils permettent de mieux optimiser les architectures et d’actualiser plus efficacement les systèmes, permettant aux fournisseurs de solutions d’infonuagique de réduire leurs coûts tout en augmentant leurs capacités de stockage et de traitement de données. UN FERMENT DE L’INNOVATION Le chercheur affirme que les logiciels ouverts stimulent fortement l’innovation, en faisant naître les outils de demain : « Qu’on pense par exemple au Big Data, qui demande le traitement de données à une échelle jamais atteinte. Les outils de bases de données classiques se révèlent ici trop limités, il en faut de nouveaux. Ceux qui sont développés actuellement sont quasiment tous en open source. » Les logiciels ouverts encouragent aussi l’innovation en favorisant d’une part la disparition des produits devenus non compétitifs car trop coûteux, et d’autre part, l’apparition sur le marché de nouveaux acteurs, plus en phase avec les besoins et les pratiques actuels des entreprises et de leurs clients (certains P R MICHEL DAGENAIS, DU DÉPARTEMENT DE GÉNIE INFORMATIQUE ET GÉNIE LOGICIEL >>> PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2 / POLY 7

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    GRAND DOSSIER RÉFLEXIONS SUR L’INFORMATION OUVERTE voient dans ce « darwinisme informatique » une illustration du fameux principe de destruction créatrice énoncé par l’économiste Joseph Schumpeter, selon lequel l’arrivée de technologies renouvelle les structures de production). « Les solutions ouvertes accélèrent le développement des pratiques de collaboration au sein des organisations, relève M. Dagenais, et elles favorisent aussi l’adoption de standards de qualité dans les grappes industrielles. » En tant que professeur, il observe que les logiciels ouverts représentent un formidable matériau d’apprentissage pour les étudiants. « Mes étudiants apprennent à développer de L’INDUSTRIE AÉROSPATIALE, UN MODÈLE D’INTÉGRATION STRATÉGIQUE DES LOGICIELS OUVERTS L’industrie aérospatiale est l’une de celles pour qui l’avantage de la continuité offert par les logiciels ouverts représente le plus grand enjeu stratégique. Il faut compter au moins une dizaine d’années pour développer un modèle d’appareil, lequel sera en service environ 20 ans, soit bien plus longtemps que la durée de vie d’une version de logiciel commercial. Les constructeurs veulent donc s’assurer de la pérennité de leurs outils de développement et d’opération, de même que de la promotion de hauts standards de sécurité et de qualité, ce que leur permettent les logiciels ouverts. missions. Depuis les années 70, on assiste au lancement de programmes spatiaux à visée uniquement scientifique, qui permettent de collecter un grand nombre de données que les agences rendent ouvertes. Ainsi, la NASA s’est engagée récemment à publier le code source de 1 000 de ses projets. « Les programmes étant soutenus par les contribuables, par l’intermédiaire du financement public, il est normal que leurs fruits soient redistribués au public », souligne le P r Giovanni Beltrame, du Département de génie informatique et génie logiciel. « Cette disponibilité des données contribue grandement à l’avancement des connaissances scientifiques, mais elle nécessite des outils très P R GIOVANNI BELTRAME, DU DÉPARTEMENT DE GÉNIE INFORMATIQUE ET GÉNIE LOGICIEL nouvelles fonctions, donc à innover, à partir d’un système d’exploitation et à s’imprégner de l’esprit de collaboration propre aux communautés open source. Leurs compétences en matière de logiciels ouverts sont très recherchées par les employeurs. » Les travaux du P r Dagenais visent le développement d’outils d’analyse de performance pour systèmes complexes répartis. « Ces systèmes étant en grande partie ouverts, il est logique que nous développions la majeure partie de nos outils en open source », précise le chercheur qui rapporte que les systèmes embarqués en temps réel, que l’on rencontre fréquemment, entre autres, dans les domaines de l’aérospatiale, des télécommunications ou du multimédia, constituent actuellement la seconde vague de l’open source. C’est pour cette raison que de grands joueurs de l’industrie, dont Airbus, Astrium, Thales, et Ericsson, ainsi que la Fondation Eclipse, ont formé le consortium PolarSys visant la collaboration à la création et au soutien des outils open source pour le développement de systèmes embarqués. Les agences spatiales partagent des préoccupations semblables envers la continuité de leurs systèmes. Elles privilégient l’open source pour assurer la qualité de leurs logiciels. Mais elles doivent aussi s’assurer d’avoir la capacité de traiter l’immense quantité de données ouvertes qu’elles recueillent lors de leurs performants de traitement de données assez disparates. » Le P r Beltrame utilise certaines de ces données ouvertes, ainsi que de l’open hardware (circuits et équipements) pour tous ses projets liés au développement de satellites. « Mon équipe et moi mettons au point des systèmes offrant aux satellites une plus grande durée d’autonomie et une plus forte tolérance aux radiations. Grâce aux données rendues accessibles par les agences spatiales, il nous est désormais possible de déterminer à quels types de radiations sera exposé un satellite dans une zone orbitale particulière. Pour développer nos systèmes, nous utilisons des circuits open source reprogrammables dont nous changeons certains paramètres pour les rendre tolérants aux radiations. L’avantage de ces circuits, c’est qu’il n’y a pas d’obsolescence pour les composants. C’est idéal pour les développements de longue durée comme ceux 8 POLY / PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2

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    des missions spatiales », précise le chercheur qui par ailleurs redistribue tout ce qu’il développe sur logiciel open source. LA CHASSE AUX FAILLES Les entreprises des autres secteurs pourraient s’inspirer de l’engagement élevé envers la qualité et la sécurité des logiciels ouverts dont fait preuve le secteur aérospatial dans son ensemble. Selon Ettore Merlo, professeur au Département de génie informatique et génie logiciel et spécialiste de l’analyse des artefacts logiciels, plusieurs organisations auraient intérêt à vérifier et à valider davantage leurs programmes issus de l’utilisation de codes ouverts. POUR UNE PRATIQUE DE LA SCIENCE OUVERTE L’ère numérique et le principe de libération des données apportent des alternatives à la diffusion traditionnelle des communications scientifiques. Là où la convention était Dans le cadre de ses projets de recherche, P R ETTORE MERLO, DU DÉPARTEMENT DE GÉNIE INFORMATIQUE ET GÉNIE LOGICIEL qui le mènent à utiliser un grand nombre de systèmes open source aux fins d’analyse, il détecte assez fréquemment ce qu’on appelle des clones, c’est-à-dire des parties de code similaires, dispersés dans les différentes branches d’un projet. « J’observe également des failles et des faiblesses de sécurité en ce qui concerne les contrôles d’accès des applications. Ces problèmes pourraient augmenter la vulnérabilité des organisations. Il est donc du devoir des ingénieurs de prendre des actions correctives », affirme-t-il. Le P r Merlo utilise des systèmes ouverts comme « cobayes » pour mettre au point ses analyses d’artefacts logiciels. Il contribue également à la construction d’analyseurs syntaxiques ouverts qui sont la base des outils dans son laboratoire. l’article publié dans une revue payante dont l’accès est limité à une communauté restreinte d’abonnés, il est maintenant possible pour un chercheur de partager en ligne ses données de recherche et d’offrir l’accès libre à sa publication scientifique à tous les internautes. Selon le P r Vincent Larivière, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, la science aurait beaucoup à gagner à la généralisation de ces nouvelles pratiques. « Publier dans une revue savante est un passage obligé de la carrière d’un chercheur, mais est-ce encore le meilleur moyen de diffuser les résultats de ses travaux et de leur assurer le meilleur impact dans la communauté scientifique? Il y a de véritables enjeux dont les chercheurs doivent prendre conscience. » « Les solutions ouvertes accélèrent le développement des pratiques de collaboration au sein des organisations. » P R MICHEL DAGENAIS >>> PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2 / POLY 9

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    GRAND DOSSIER RÉFLEXIONS SUR L’INFORMATION OUVERTE L’un des enjeux principaux est lié aux pratiques commerciales des revues scientifiques, qui compromettent l’accès à l’information pour certains publics. Les tarifs d’abonnement, souvent exorbitants, augmentent bien plus rapidement que l’inflation, ce qui représente de lourds frais pour les bibliothèques universitaires. Celles-ci peuvent se voir contraintes de limiter le nombre de leurs abonnements, privant ainsi leurs abonnés de l’accès aux articles publiés par ces revues. Le P r Larivière considère aussi que la hiérarchie entre les revues savantes, associée au fameux diktat « publier ou périr » subi par les chercheurs, a des effets négatifs. Ceux-ci sont en effet de plus en plus évalués selon le nombre d’articles publiés et selon le classement des revues dans lesquelles ils publient. Ce qui les pousse à publier le plus d’articles possible, avec le risque de négliger leur qualité scientifique. de 2011 étaient en accès disponible deux ans après leur publication . L’un des freins serait la croyance erronée que les éditeurs refusent le libre accès. Pourtant, près des trois quarts des éditeurs permettent aux chercheurs d’autoarchiver les versions soumises ou acceptées de leurs articles. Certains éditeurs ont toutefois quelque peu perverti le principe du libre accès en exigeant des chercheurs des frais pouvant atteindre jusqu’à 3000 $ pour publier l’article en accès libre sur le site web de la revue. « La meilleure solution, c’est que les chercheurs rendent eux-mêmes accessibles gratuitement une version de leurs articles validée par les pairs, en l’archivant sur Internet, ce P R VINCENT LARIVIÈRE, ÉCOLE DE BIBLIOTHÉCONOMIE ET DES SCIENCES DE L’INFORMATION DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL « Nos travaux ont montré que les chercheurs qui donnent un libre accès à leurs résultats sont davantage cités. » P R VINCENT LARIVIÈRE « Dans le monde universitaire, il est de coutume d’associer l’impact d’un article scientifique au niveau de prestige de la revue dans laquelle il est publié. Mais des travaux menés au sein de ma chaire ont montré que cela n’est plus forcément vrai. Au contraire, une proportion de plus en faible des travaux les plus cités sont publiés dans les grandes revues », déclare-t-il. Ses travaux ont, par exemple, montré que les prestigieuses Nature et Science, qui publiaient respectivement 2,4 % et 1,7 % des articles parmi les 5 % les plus cités en 1985, ont vu ces pourcentages chuter respectivement à 1,2 % et à 1,1 % en 2010*. L’hégémonie des grandes revues scientifiques serait-elle en train de vaciller ? « Il est certain qu’elles ne disparaîtront pas, car elles jouent un rôle important en ce qui concerne la vérification par les pairs, mais elles vivent un déclin », estime M. Larivière. C’est l’occasion de reconsidérer les modèles de publication et d’évaluer les avantages de la mise en libre accès des articles scientifiques. « Nos travaux ont montré que les chercheurs qui donnent un libre accès à leurs résultats sont davantage cités », rapporte M. Larivière. Force est de constater que peu de chercheurs le font. Par exemple, moins de 50 % des articles que les trois quarts des éditeurs permettent. Quelques chercheurs le font déjà, mais pour que la pratique se généralise, il faut une prise de conscience globale du milieu universitaire. À cet égard, l’Université de Liège en Belgique a eu l’idée de prendre en compte dans l’évaluation de ses chercheurs le dépôt de leurs articles en libre accès sur Internet. Et c’est efficace : la vaste majorité des articles des professeurs de l’Université de Liège est dorénavant archivée dans le dépôt institutionnel. » Généraliser la pratique de l’accès libre, c’est accroître la transparence des travaux et des méthodologies de recherche et c’est favoriser les collaborations scientifiques. De plus, c’est démocratiser l’accès à ces informations à un public élargi. 10 POLY / PRINTEMPS 2014 / Volume 11 / Numéro 2

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